Gérald Genty au sommet de son art

Le fantaisiste de la chanson teinte de tristesse ses textes et ses mélodies. « Là-haut » émeut autant qu'il fait sourire. 

Gérald Genty « sur les bords de Manche ». Photo Patrick COCKPIT

Gérald Genty « sur les bords de Manche ». Photo Patrick COCKPIT

« Là-haut » Gérald Genty (Pias)

Vaille que vaille, le « plus grand chanteur de tout l’étang » (référence à son disque de 2006) se jette à nouveau à l’eau et nage vers les profondeurs, jetant un voile de tristesse sur sa fantaisie débridée. Comme quand il chante le temps qui s'écoule inexorablement et sépare un jour les garçons de leur papa (« Planeur ») ; ou qu'il frissonne à l'idée de "sauter des fa dièses et retomber sur le sol bémol" quand on « marche un peu trop près des bords de Manche » (« Les fa dièses »).

Musicalement, c’est comme d’habitude avec Gérald Genty : très haut perché, avec les ruptures de ton dont il a le secret. Il n’est pas une chanson qui ne réserve sa surprise mélodique, comme les ronds dans l’eau d’une rivière tranquille. 

Joueur confirmé de tennis, Gérald Genty « fait des rêves » et des calembours avec les noms des champions. Le jeu de mots « Fais des rêves / Federer » est tellement gros que le parolier a dû vérifier qu'il n'avait pas déjà été maintes fois utilisé. Constatant que non, le supporter du tennisman s'est laissé entraîner et a composé cette chanson après la victoire surprise du Suisse à l'Open d'Australie en 2017. « À la fin de la chanson, le gamin qui joue contre lui, c'est moi ».

Un brin désabusé, l'artiste s'amuse aussi du « métier qui sort ». Pour constater qu'il n'a pas connu le succès qu'il mérite pourtant, une petite voix lui dit : « Quand on entend toutes les daubes qui passent à la radio, on se demande comment ça se fait qu’on vous entend pas plus ». Et Gérald de répondre : « Ah bah c'est gentil… Enfin… je crois ». 

Lana Del Rey en état de grâce

L’Américaine se montre moins sophistiquée, au profit d’un album intense.

Lana Del Rey sur le tournage de son clip « The Greatest ». Photo Pamela COCHRANE

Lana Del Rey sur le tournage de son clip « The Greatest ». Photo Pamela COCHRANE

« Norman Fucking Rockwell » Lana Del Rey (Polydor)

Avec « Norman Fucking Rockwell », Lana Del Rey joue la carte pop. La ténébreuse des années 2010 a troqué ses robes tirées à quatre épingles pour un blouson grand ouvert sur un décolleté plongeant. Et un bel éclat de rire pour la photo. Le design visuel de la pochette est pop aussi, faisant écho aux comics des années 50, à la manière de Brigitte Bardot quand elle chantait des « bang, des vlop et des zip » dans « Comic strip » avec Serge Gainsbourg.

Mais qui est donc ce Norman Rockwell qui donne son nom à ce disque et attise la curiosité ? Et pourquoi cette grossièreté au beau milieu du patronyme ? Norman Rockwell (1894 - 1978) était un peintre figuratif de la vie américaine du XXe siècle. Il est célèbre pour avoir illustré, de 1916 à 1960, les couvertures du magazine « Saturday Evening Post », puis les pages de « Look » à partir de 1964. L’une de ses plus célèbres illustrations, « Notre problème à tous », représente une fillette noire-américaine se rendant à l’école escortée par des agents fédéraux, en pleine période ségrégationniste.

Le jeu de piste que l'on s’invente mène au titre inédit « Looking For America » (« A la recherche de l’Amérique ») publié en parallèle à « NFR » en hommage aux victimes des tueries d’El Paso et de Dayton, montrant que le pays de Lana Del Rey n’en a pas fini avec ses problèmes.

Et quid du « Fucking » ? Dans une interview à Radio Beats 1, la parolière de (presque) toutes ses chansons évoque la difficulté de ces artistes qui ne veulent pas admettre qu’ils sont géniaux et déconsidèrent leur art. Elle vise celui qui a fait des merveilles avec elle : le producteur Jack Antonoff qui s’est auparavant illustré avec Taylor Swift, Lorde et St. Vincent. Avec lui, Lana Del Rey atteint l’état de grâce et pousse loin l’intensité émotionnelle de sa voix. « Hope is a dangerous thing for a woman like me to have - But I have it » (« L’espoir est chose dangereuse pour une femme comme moi - Mais je l’ai) transperce le cœur.

Clairo en clair-obscur

La nouvelle venue dans le paysage de la pop mondiale chante ses fragilités, avec aplomb.

Clairo, sous les feux de la rampe. Photo Hart LESHKINA.

Clairo, sous les feux de la rampe. Photo Hart LESHKINA.

« Immunity » Clairo (Fader)

A tout juste 21 ans, Claire Cottrill, alias Clairo, est une jeune femme gâtée par la vie. Vu de l’extérieur, du moins. A l’adolescence, elle passe des heures dans sa chambre à concocter des ritournelles au synthé qui racontent son quotidien d’adolescente en Amérique. Elle s’amuse avec ses amis à les mettre en images et en ligne sur YouTube. Bingo ! A 18 ans, le réseau fait d’elle une vedette avec plus de 35 millions de vues pour son titre « Pretty Girl » (« Jolie fille »). Sans doute aussi aidée par papa Cottrill qui a des relations, elle signe avec la maison de disque Fader et se lance dans l'écriture de son premier album, « Immunity », en collaboration avec la crème des producteurs : Rostam Batmanglij, ex-Vampire Weekend. Ils sont rejoints en studio par Danielle Haim, la guitariste, chanteuse et batteuse émancipée du trio qu’elle forme avec ses sœurs Este et Alana. Du beau monde, donc, pour un disque très réussi.

Voilà pour la belle histoire. Mais tout ne semble pourtant pas si rose dans la vie de Claire. Dès la première chanson, on la découvre en ado un peu paumée qui remercie un ami de l’avoir sauvée d’une tentative de suicide en pleine nuit (« Alewife »). Le titre du titre, « Immunity », renvoie quant à lui, à la maladie auto-immune qui l’accable (une polyarthrite rhumatoïde). L'anxiété qui va avec s’entend dans la voix vulnérable de l’artiste qui n’entend pas pour autant qu’on la plaigne. « I Wouldn't Ask You To Take Care Of Me » (« Je ne te demande pas de prendre soin de moi »), chante-t-elle à la toute fin, avec le renfort d’une chorale d’enfants. Comme pour signifier qu’elle l’est encore, enfant, mais dotée de l’envie farouche de devenir une pop-star. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

Le retour en grâce de Lloyd Cole

L’Anglais avait connu la gloire au milieu des années 80 avant de s’installer aux États-Unis pour jouer au golf et continuer la musique, plus discrètement.

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« Guesswork » Lloyd Cole (EarMusic)

« Les vieux disques ne meurent jamais », a dit Ian Hunter, un musicien anglais tombé, lui, dans les oubliettes du rock. Et qu’en est-il des artistes qui se sont illustrés jadis ? On pense ici à Lloyd Cole qui a connu la gloire au milieu des années 80 avec The Commotions et trois albums pleins de tubes (« Forest Fire », « 2CV », « Perfect Skin »…) Avant de ne plus intéresser grand monde, malgré onze albums solo.

Six d’entre eux ont eu droit à une nouvelle chance dans un coffret de belle facture édité en 2017 : « Lloyd Cole in New York » (un détour par là via le streaming vaut vraiment la peine).

En 1989, l’Anglais, séparé de son groupe et de sa femme, avait décidé de refaire sa vie outre-Atlantique, en commençant par écumer les bars. Rattrapé par sa passion du golf héritée de ses parents, il entame une carrière en amateur remarquée. Aux dernières nouvelles, il réside avec femme et enfants dans une petite ville de l’Ouest du Massachusetts. Très actif sur les réseaux sociaux, il y partage ses coups de cœur. Ces derniers temps, il y était beaucoup question de vélo, notre homme demandant conseil à ses fans avant l’achat d’une nouvelle bicyclette.

Avec « Guesswork », Lloyd Cole joue un coup audacieux et gagnant en entremêlant le jeu de guitare en arpèges qu’il affectionne et des sonorités électro auxquelles il a pris goût. Sa voix moelleuse et agile ensorcelle comme avant pour faire de cet album un excellent compagnon de route et au salon.

Les polyglottes entendront que Cole n’a rien perdu de son mordant avec des paroles entre romantisme et ironie. Celui que l’on n’a jamais vu sourire (il est plus que jamais renfrogné sur la pochette) y va franco dès l’entame de « Night Sweats » (« Sueurs nocturnes ») : « So, I’m a complicated motherfucker / You knew that » (« Je suis un compliqué d’enfoiré, tu le savais », pour le dire poliment).

Un Zdar peut en cacher un autre

Le groupe anglais Hot Chip a publié son septième album le 21 juin, deux jours après la chute mortelle de l'un de ses contributeurs, le Français Philippe Zdar.

Les cinq membres du groupe Hot Chip, parmi lesquels Alexis Taylor (au premier plan). Photo Ronald DICK.

Les cinq membres du groupe Hot Chip, parmi lesquels Alexis Taylor (au premier plan). Photo Ronald DICK.

« A Bathfull Of Ecstasy ». Hot Chip (Domino)

Le destin a été cruel avec Philippe Zdar. Sa chute fatale d'un immeuble parisien le mois dernier à Paris l'a privé d'accompagner la sortie de deux très bons albums auxquels il a contribué : "Dreems" avec son groupe Cassius et "A Bathfull Of Ecstay" avec Hot Chip, un groupe fabuleux de pop électro. Les deux sont tombés dans les bacs et sur les réseaux le 21 juin, au lendemain de la nouvelle de sa mort.

C'est la première fois que les Anglais menés par Alexis Taylor acceptaient de confier la production d'un disque de Hot Chip à un étranger au groupe. Bien leur en a pris car la French touch leur va à ravir. Le maestro Zdar s'autorise au passage un clin d'œil à Daft Punk et au son légendaire de la voix trafiquée (sur "Spell").

Hot Chip, c'est beau comme un cantique qui peut s'écouter stoïque ou en dansant. "No God" ("Aucun dieu") est un bon exemple de cette musique qui confine au religieux. Ou quand la pop électro creuse le sillon d'un gospel contemporain et terriblement européen. Alexis Taylor y pose sa voix magique de fausset, répétant "The Way You Make Me Feel", comme s'il rendait à la fois hommage à Michael Jackson et Jimmy Sommerville.

Avec cet album, la promesse d'un "bain d'extase" est tenue et console des vicissitudes de la vie, grâce à des titres pleins d'ondes positives comme "Melody Of Love", "Hungry Child" et… "Positive".

Philippe Zdar peut reposer en paix.

Dan et Pat ont retrouvé les clés du rock

Dan Auerbach et Patrick Carney, du duo The Black Keys, ont retrouvé l’envie de jouer ensemble. Ça donne un album très remuant.

Dan Auerbach et Patrick Carney, du duo The Black Keys. Photo : ALYSSE GAFKJEN

Dan Auerbach et Patrick Carney, du duo The Black Keys. Photo : ALYSSE GAFKJEN

« Let’s Rock ». The Black Keys (Warner)

The Black Keys ont rebranché leurs instruments et démontrent, si besoin est, que le rock, le vrai, teinté de blues et mélodique, n’est pas mort, tant s’en faut. Dan Auerbach aux guitares et Patrick Carney à la batterie tordent le cou aux cassandres qui prétendent que l’âge d’or est passé et que la musique se crée désormais seul dans sa chambre sur un ordinateur.

L’album s’intitule « Let’s Rock » et promet donc que ça va secouer. Il puise aux sources les meilleures (Led Zeppelin, AC/DC…). « Eagle Birds » sonne comme un bon vieux ZZ Top, « Get Yourself Together » comme un Paul McCartney quand il est le plus échevelé. Pour illustrer le propos et la pochette, le duo n’a pas trouvé mieux qu’une chaise électrique dans un halo d’éclairs.

Les nostalgiques apprécieront la recette à l’ancienne et se délecteront d’un groove certes très radio FM américaine mais tellement jouissif quand il est joué à plein volume sur la route des vacances, une main sur le volant, la fenêtre ouverte, le coude au soleil.

On avait cru que la boutique Black Keys avait baissé le rideau il y a cinq ans. Paraît même que Dan Auerbach et Pat Carney s’étaient séparés fâchés. Les retrouvailles ont eu lieu à Nashville dans le studio du premier qui s’était entre-temps lancé en solo et au service d’autres artistes. « C’est un peu magique ce qui s’est passé entre Pat et moi, dit-il. Il s’est produit la même chose qu’avant lorsque nous avions 16 ans et que nous nous mettions à jouer ensemble. Quel pied ! » On ne saurait mieux dire.

La joie de vivre selon Lizzo

Lizzo, qui a collaboré avec Prince, joue de la flûte traversière, chante le blues, la soul et le rap, a publié au printemps un album idéal pour ces jours torrides.

Lizzo, qui est passée à l’école de Prince, excelle comme lui en tout. Photo Luke GILFORD

Lizzo, qui est passée à l’école de Prince, excelle comme lui en tout. Photo Luke GILFORD

Lizzo. « Cuz I Love You » (Warner Music)

L’été revient et avec l’envie grande d’affronter les températures qui grimpent dans le plus simple appareil. Lizzo, dont la voix torride ajoute à la moiteur ambiante, n’a pas attendu pour se mettre à nu. Sorti en avril, son dernier album, « Cuz I Love You », la montre en tenue d’Eve. L’Américaine fait ainsi fi du qu’en-dira-t-on en revendiquant des rondeurs belles comme celles d’une sculpture de Botero.

Lizzo impressionne d’un bout à l’autre de ce disque de RnB foisonnant. Elle chante la soul aussi bien qu’elle rappe. Et joue de la flûte traversière avec la même virtuosité. Sur scène et sur les plateaux de télévision, la jeune femme s’amuse d’ailleurs avec malice de ce mariage incongru entre cet instrument classique qu’elle maîtrise à merveille et l’exubérance de son style.

La plupart des chansons de Lizzo sont des hymnes à la joie, seule (« Like A Girl ») ou entre copines (« Juice »), d’autres sont de vrais crève-cœurs où sa voix déchirante alterne entre blues et gospel (« Cuz I Love You », « Jerome », langoureux comme un slow dans la lumière d’une boule à facettes). Passé les moments d’émotion, elle relance allegro la machine, avec la complicité de Missy Elliott sur « Tempo » et son rythme haletant.

Depuis ses débuts en 2013, la native de Houston, qui est passée par Minneapolis et les studios de Prince (dont on retrouve dans ce disque quelques-uns des gimmicks), vit chacun de ses albums comme une thérapie pour se construire, s’accepter et se faire accepter. « Je suis fière de savoir que ce que j’incarne fait écho chez plein de gens différents, ceux issus du mouvement « body positivisme » , les féministes, les femmes noires, la communauté LGBT », dit-elle. Tout va bien, alors ? Disons que ça va mieux à l’écoute de Lizzo.

Il pleut des cordes sur Springsteen

Avec « Western Stars », Bruce Springsteen chante la Californie et le destin de héros cassés. Jamais il ne s’est autant entouré de violons.

Bruce Springsteen sur les routes du désert californien. Photo Columbia

Bruce Springsteen sur les routes du désert californien. Photo Columbia

Bruce Springsteen. « Western Stars » (Columbia)

Un cheval sauvage s’ébroue sur le sable du désert californien… La photo est magnifique et illustre un album qui ne l’est pas moins : le dix-neuvième de Bruce Springsteen, « Western Stars ».

Sept ans ont passé depuis son dernier disque en studio, « Wrecking Ball ». Difficile pourtant de parler de retour sur le devant de la scène alors que le Boss n’a jamais vraiment cessé de faire parler de lui depuis. D’abord avec des rééditions complétées de quelques-uns de ses brillants opus des années 1980 ; puis avec la publication de ses mémoires, le captivant « Born To Run » ; et enfin avec son spectacle seul en scène joué 236 fois à Broadway et diffusé sur Netflix.

Le susnommé - et bien nommé - « Wrecking Ball » (boulet démolisseur en français) a pour ainsi dire fait place nette. Des violons, des flûtes et un cor ont surgit des décombres, s’installant de façon plutôt inédite dans la musique du Boss. Il en résulte treize nouveaux morceaux élégiaques, débarrassés du son tonitruant du E Street Band (le groupe habituel de l’Américain), au profit d’orchestrations à la Burt Bacharach et Glen Campbell.

Bel canto

« Western Stars » emporte son auditeur sur les routes d’un rêve américain souvent contrarié. Sur la chanson qui donne son titre à l’album, Bruce Springsteen se met dans la peau d’un acteur déchu qui a un jour travaillé avec le mythique acteur de western John Wayne mais se retrouve à gagner sa croûte en tournant des pubs pour des cartes bancaires et du viagra. Sur une autre, il chante le destin d’un cascadeur au corps brisé par son métier.

Le soleil californien va bien au natif de New Jersey sur la côte Est. Sa voix, apaisée, vire même au bel canto à la manière de Roy Orbison sur « There Goes My Miracle ». Ainsi va la vie de notre héros de 69 ans qui a encore du carburant en réserve.

Un nouveau Le Forestier à paraître

Maxime Le Forestier. « Paraître ou ne pas être » (Polydor)

Maxime Le Forestier, sans esbroufe. Photo Magda LATES

Maxime Le Forestier, sans esbroufe. Photo Magda LATES

A l’instar de Francis Cabrel, Maxime Le Forestier compte parmi les chanteurs français dont les mélodies et la voix nous collent des frissons. C’est toujours vrai à la sortie de son dernier disque, « Paraître ou ne pas être », avec des titres simples et beaux comme « Les Filles amoureuses ». Une chanson souriante comme elles, entre accords country à la guitare et celtiques au violon.

Cet album, c’est le journal intime d’un homme à l'automne de sa vie qui se raconte depuis la naissance jusqu’à la « Date limite » ; s’étonne du mal que l’on fait à la Terre (« Ça déborde ») ; se souvient de sa joie d’être un piéton « Avec une guitare » sur le dos ; se désole du climat politique en France, « La Vieille dame » ; taille un costard « au plus grand connard que la Terre ait porté ». Sans dire qui, chacun reconnaîtra le sien.

Maxime Le Forestier va à l’essentiel en prenant soin de bien s’entourer. Son fils, Arthur, joue de la guitare sur la quasi-totalité des morceaux, le jazzman Baptiste Trotignon du piano sur le très cubain « Paraître », Fiona Monbet du violon pour « Les Filles amoureuses ». Le compagnon de route Manu Galvin tient quant à lui la maison Le Forestier avec des manches de tous types en main : acoustiques, à douze cordes, électriques et Dobro. Julien Clerc est de passage, à la composition de « Dernier Soleil ».

L’esbroufe n’a pas sa place dans « Paraître ou ne pas être ». Pas d’arrangements orgueilleux, pas de grands gestes orchestraux… pas trop de paraître. Au final, cela donne dix chansons serrées en trente minutes. Maxime Le Forestier confie que c'est plus difficile à chaque album : « Nous nous sommes beaucoup téléphoné sur ce thème, Alain Souchon et moi. La peur des redites, des rimes souvent employées, le fait que la barre est haute… », mais allègrement franchie. C’est du moins notre avis.

A la mode des années 80

The Divine Comedy. « Office Politics » (Pias)

Neil Hannon, « démodé », sur la pochette de son nouveau disque. Photo Ben MEADOWS

Neil Hannon, « démodé », sur la pochette de son nouveau disque. Photo Ben MEADOWS

En convoquant des machines électroniques sur son dernier album, « Office Politics », Neil Hannon (plus connu sous le nom de The Divine Comedy) n’a pas cédé aux sirènes de la modernité. Mais flirte plus avec la pop synthétique d’Ultravox des années 80 qu’avec l'électro de Daft Punk des années 2000. Et c’est heureux, car ce disque est un délice qui, tel une guimauve, s’étire en longueur pour prendre la forme d’un double album de seize titres. « Depuis mes débuts (en 1990, ndlr), j'ai toujours gardé cette idée en tête de faire un jour un double album, un objet long, étrange. C’est de la nostalgie pure. Cette idée est vraiment démodée, mais moi-même je me sens démodé », dit l’artiste.

Décidé donc à ne pas lutter pour paraître plus jeune qu’il n’est (49 ans), Neil Hannon pose sur la pochette de son disque sur fond d’open-space d’un autre âge, le cou serré par un gros nœud de cravate ; et chante « Absolutely Obsolete » (« Complètement obsolète »).

En fin chroniqueur du temps qui passe, il émeut avec l’histoire en trois minutes et quarante-cinq secondes de « Norman & Norma », entre voyage de noces à Majorque, pina colada, fins de mois difficiles et l’ennui qui pointe après que leurs trois filles, Nadia, Neira et Neive, ont quitté le cocon familial… Avant un retour de flamme amoureux inespéré à la faveur de la reconstitution de la bataille d’Hastings en 1066 entre… « Normans et Saxons ». Un chef d’œuvre de romantisme et d’exubérance.

« A Feather In Your Cap » (« Une plume dans ton chapeau ») est encore une chanson déchirante quand elle évoque l’adieu blessé de l’auteur à une ancienne maîtresse qui ne l’a pas vu comme autre chose qu’un trophée sur le tableau de chasse de ses conquêtes.

Une vie de chansons bien remplie

Sting. « My Songs » (Polydor)

Sting dans le bain de jouvence des chansons qui ont fait sa gloire. Photo Polydor.

A 67 ans, l’Anglais Sting qui porte pourtant toujours beau, le muscle saillant sous le t-shirt serré, se plonge dans un bain de jouvence en rejouant « [S]es Chansons » qui ont fait sa gloire, d'abord avec The Police, puis en solo. Quelques mois après un album de reggae très réussi avec Shaggy, faut-il voir dans cette compilation nostalgique une opération de gonflage à bloc de porte-monnaie ? On n’est pas loin d’y songer, mais évacuons cette vilaine pensée. Car force est d’admettre que ces reprises fidèles aux versions originales lient l’artiste et son public dans un plaisir partagé.

Pour l’occasion, Sting se fend d’un texte dans lequel il égraine ses fameuses chansons et le contexte dans lequel il a écrit chacune. Extraits à propos de trois de nos préférées :

« So Lonely » (« Si seul ») (1978) : « C’est curieux d’aborder la solitude de façon aussi exubérante, mais peut-être est-ce thérapeutique ? »

« Message In A Bottle » (1979) : « Tout a commencé par un riff composé sur ma Fender Strat noire alors que je me trouvais à l’arrière d’un minibus bruyant entre Düsseldorf et Nuremberg (Allemagne). J'ai tout de suite compris que je tenais quelque chose ».

« Roxanne » (1977) : « Cela paraît très à propos que cette version soit un enregistrement d’un concert donné à l’Olympia de Paris. La chanson y est née en 1977. Nous logions dans un trou à rats sordide derrière la Gare du Nord, où j’ai infusé l’objet de l’amour romantique de Cyrano dans le travail des filles de la rue plus bas. La cadence du Sol M suivi de Ré M devant Fa à la basse m’a inspiré cette histoire qui a changé ma vie pour toujours ». Et mis à l’abri des fins de mois difficiles.

Sous le soleil de Morrissey

Morrissey. « California Son » (Etienne / BMG)

L’Anglais Morrissey sous le soleil de Los Angeles.
Photo Jake Walters

Immense auteur-compositeur avec The Smiths et en solo, Morrissey la joue ici plus modeste (si c’est possible quand on s’appelle Morrissey) en reprenant des chansons qui ont forgé son style, tirées du répertoire d’illustres songwriters nord-américains. Avec une préférence pour les années 1960 et 1970 et des artistes comme Joni Mitchell et Bob Dylan.

Jouée pour la première fois en 1964 par son créateur Roy Orbison (au passage l’un des plus grands chanteurs de tous les temps), « It’s Over » fait partie du trésor. Laura Pergolizzi (LP à la scène), autre interprète à la voix d’or, rejoint le baryton Morrissey pour ajouter à la majesté de l’original en montant à merveille dans les aigus.

Le commentaire du fils de Roy Orbison, Roy Jr, vaut bénédiction: « Nous adorons Morrissey ! Ses cheveux, sa mélancolie et la poésie de ses paroles m’ont toujours rappelé mon père. Sa version de « It’s Over » est géniale ».

Les orchestrations qui accompagnent sont à la mesure : magistrales. Morrissey les doit à Joe Chiccarelli dont la maestria en studio a auparavant servi U2, Elton John et The Strokes, pour ne citer qu’eux. Accompagné d’un piano bastringue et d’un jazz-band (« Wedding Bell Blues »), sous des rythmes tropicaux (« Loneliness Remembers What Happiness Forgets »), au son du boogie-woogie (« Suffer The Little Children »), Morrissey s’amuse beaucoup. Les chansons qu’il a choisies ont beau être réputées engagées, il évite tout pathos et se livre sans réserve et sans crainte de sombrer dans la caricature du crooner sur le retour.

Adulé aux Etats-Unis, l’homme de Manchester (Angleterre) s’est installé il y a déjà longtemps du côté de Los Angeles. Le titre de son nouvel opus n’étonne donc pas : « California Son » (« Fils de la Californie ») où l’on voit le Moz’ auréolé de bleu, les yeux azur.

Les noces du Vampire

Vampire Weekend. « Father of The Bride » (Sony Music)

Ezra Koenig, la tête pensante de Vampire Weekend. Photo Schmelling

Ezra Koenig, la tête pensante de Vampire Weekend. Photo Schmelling

Les années passent mais n’entament ni la fraîcheur juvénile ni la fraîcheur musicale d’Ezra Koenig. Douze ans après le premier album de Vampire Weekend qui a marqué l’histoire de la musique, deux autres non moins emballants en 2010 et 2013, puis six ans de silence, le jeune homme à la tête de gendre idéal publie « Father of The Bride » (« Père de la mariée »). Soit 18 titres tous plus inventifs les uns que les autres. On imagine déjà les annonceurs publicitaires sur les rangs pour faire coller à leur image de marque les rythmes et les mélodies du génial songwriter. Pour mémoire, Ronaldo, Omar Sy et Louane roulent avec Vampire Weekend dans la pub de SFR. C’est « A-Punk », vous l’avez ?

Le groupe Vampire Weekend fut formé au milieu des années 2000 par quatre amis étudiants en musicologie à New York. Plutôt que de singer les groupes à la mode de l’époque (The Strokes en tête), ils taillent dans un autre diamant brut d’influences la matière de leurs chansons : Paul Simon, période « Graceland ». La voix délicieusement perchée d’Ezra Koenig, les guitares africaines, les percussions, ça sonne comme le glorieux aîné. C’est pourtant totalement nouveau.

Alors que les trois précédents disques du groupe étaient plutôt ramassés dans la durée, Ezra Koenig propose là ce qu’il présente comme « un double album », comme au bon vieux temps du vinyle. A l’écoute des pépiements d'oiseaux, des chœurs enthousiastes, des arrangements de voix et des brefs intermèdes parlés qui jalonnent l’écoute, on pense à l’Album blanc des Beatles, autres précurseurs du mélange des styles, au point d’en faire une signature.

En quittant New York pour s’installer en famille à Los Angeles, Ezra Koenig est passé par Nashville pour ajouter la country à sa palette. En résulte trois duos avec Danielle Haim (qui fait une infidélité à ses sœurs du groupe HAIM), à la manière de Johnny Cash et June Carter, sur le thème du… mariage

La Grosse Famille recomposée

Fat White Family. « Serfs Up! » (Domino)

La Fat White Family au complet. Photo Sarah PIANTADOSI

La Fat White Family au complet. Photo Sarah PIANTADOSI

Les meilleurs clients des friperies d’Angleterre (voir la photo) ont publié il y a trois semaines un album parfait. On les dit volontiers nihilistes et enclins à la défonce ; leur musique est, elle, des plus classieuses et à portée de tous.

Sans renier leurs précédents disques plus radicaux, les frères Saoudi, leur complice Saul Adamczewski et les autres de la « Grosse Famille Blanche » ont lâché l’éponge abrasive pour une autre moins rugueuse. Le choix du titre de l’opus, « Serfs Up! », illustre le tournant : en référence à l’un des albums les plus solaires des Beach Boys, « Surf’s Up » (1971), et à notre époque marquée par les soulèvements populaires dans la rue et populistes dans les urnes. Explications, par les frères Saoudi, Lias et Nathan : « C’est surtout pour évoquer le Brexit, une révolution tournée du mauvais côté. Ça s’applique à tous les pays où un populiste l’a emporté aux élections. La révolution un peu foireuse que personne n’espérait. »

Avant ce retour en pleine santé musicale, la Fat White Family n’est pas passée loin de la désintégration. L’abus de drogues dures avait dévasté le groupe et les cerveaux. L’instinct de survie et une longue mise au vert dans la campagne anglaise ont remis en selle la bande.

Résultat : « Serfs Up! » est un disque luxuriant et magistral. Les post-punks ont tout gagné à élargir le champ des possibles. Qui pourrait leur en vouloir d’avoir ajouté des violons et des chants grégoriens aux guitares et aux synthétiseurs de morceaux aussi beaux que « Oh Sebastian » et « Tastes Good With The Money » ? Sûrement pas cet autre Anglais expert en nihilisme insouciant, Baxter Dury, qui figure au générique de cet incontestable retour en grâce.

La fille qui abolit les frontières

Lolo Zouaï.« High Highs to Low Lows » (Because)

Lolo Zouaï a patiemment égrené ses titres en streaming avant de sortir son premier album. Photo Grant SPANIER

Lolo Zouaï a patiemment égrené ses titres en streaming avant de sortir son premier album. Photo Grant SPANIER

Lolo Zouaï est née à Paris. Sa mère est française, son père algérien. Elle a grandi à San Francisco, avant de s’installer à New York. Sa musique et son chant sont les reflets de ces péripéties de la vie quand elles trimballent une enfant sur tous les continents. A la toute fin de son premier album - le très réussi « High Hihgs to Low Lows » -, « Beaucoup » détonne et sonne comme une chanson douce des années 1960, à la manière de Françoise Hardy dans « Tous les garçons et les filles ».

Elles sont bizarres les chansons de Lolo Zouaï qui passent de l’anglais au français comme bon lui semble, parfois dans le même couplet. Pour les genres, c’est pareil : la cosmopolite abolit les frontières. « Ma musique est le résumé des différentes cultures qui m’habitent, explique-t-elle. Il y a un côté hip-hop qui vient de San Francisco, des mélodies plus classiques qui évoquent Paris. On retrouve aussi des sonorités arabiques dans les adlibs, inspirées par mes racines algériennes ». Et une énergie plutôt rentre-dedans qui rappelle New York.

Avant de capter l’attention dans de grands magazines comme Vogue ou i-D (Vice), la jeune femme de 24 ans a dû batailler pour s’imposer, entre emplois de serveuse et beaucoup de temps passé dans sa chambre à concocter ses titres qu’elle envoie au compte goutte sur les réseaux. L’ironique et amer « High highs and Low Lows », qu’on peut traduire par « Des hauts très hauts et des bas très bas », raconte ça.

Celles et ceux qui aiment Angèle devraient aimer Lolo Zouaï et être aussi intrigués que nous par les ressemblances qui les unissent. L’effet poreux des réseaux que l’une et l’autre n’ont cessé d’alimenter des mois durant avant de sauter dans le grand bain, dira-t-on.

Queen Bey remonte aux sources

Beyoncé. « Homecoming : The Live Album » (Columbia)

Beyoncé en Néfertiti, la reine égyptienne dont certains chercheurs ont avancé qu'elle avait la peau noire. Photo Columbia.

Beyoncé en Néfertiti, la reine égyptienne dont certains chercheurs ont avancé qu'elle avait la peau noire. Photo Columbia.

Beyoncé est une artiste phénoménale qui, en avril 2018, emmena avec elle plus de deux cents choristes, musiciens et danseurs sur la scène du festival de Coachella dans le désert californien. Les 125 000 spectateurs qui y étaient n’en reviennent toujours pas.

Suivie par des millions d’autres en direct sur internet, la performance représentait une rétrospective de la carrière de Beyoncé Knowles, entamée il y a plus de 20 ans avec la sortie du premier album de son groupe Destiny's Child, en 1997. Beyoncé avait d'ailleurs profité de Coachella pour reformer le groupe et interpréter quelques-uns de ses tubes, parmi lesquels « Say My Name ». Un an plus tard, un album surprise de quarante titres et un film sur Netflix immortalisent l’événement et démontrent le génie musical et scénique de Queen Bey, archiviste de la musique noire américaine qui remonte le courant jusqu’aux sources du R&B.

Les tambours de la fanfare Drumline Live et une section de cuivres de La Nouvelle Orléans accompagnent le spectacle de bout en bout. « Homecoming » (Retour à la maison) est ainsi l’hommage d’une jeune femme noire à l’héritage musical qui l’a inspirée, elle qui fait résonner la voix de Malcom X sur « Don’t Hurt Yourself ». Les hits « Crazy In Love », « Run The World (Girls) », « Freedom » sont autant de jalons de la culture pop. Artiste clé lui aussi et époux de la chanteuse, le rappeur Jay Z fait une apparition, l’accompagnant sur le titre « Déjà Vu ». Un ruisseau au milieu d’un fleuve musical de 110 minutes.

Sébastien Boisnard
C’est la même chanson

Roméo Elvis. « Chocolat » (Barclay)

Le Belge Roméo Elvis vient de publier son premier album solo. Photo Straussphère

Le Belge Roméo Elvis vient de publier son premier album solo. Photo Straussphère

Dommage. Roméo Elvis arrive un peu tard dans le rap « mainstream ». L’histoire ne nous donnera peut-être pas raison, mais son premier album solo, sorti vendredi 12 avril, donne déjà l’impression qu’il est passé de mode. La place est prise. 

Claude François chantait « C'est la même chanson », on en est un peu là avec Roméo Elvis qui donne l’impression de faire tout comme les collègues de boulot Orelsan, Eddy de Pretto et surtout Lomepal quand ils content leurs aventures réelles et imaginaires. Jusque sur la pochette : un portrait provoc’, comme son ami Lomepal l’a déjà fait, il y a trois ans, grimé en femme, le mascara coulant sur la joue. Pour le son et la voix, c’est idem : décalqués.

 « Chocolat » (référence au belge et à la marijuana) est aussi un album de prévention. Sur l’usage des substances illicites et les dégâts qu’elles provoquent, mais des paroles comme « Faut pas commencer le chocolat / mais si tu le fais faut toujours être à deux » (« Chocolat ») et « J’suis dans le malaise sans cette saloperie, mais j’en fume encore » (« Normal ») agacent plus qu’elles ne convainquent. Pour coller au réel, la plume de sa petite sœur Angèle est autrement plus légère. On regrette d’ailleurs son absence dans « Chocolat ».

La (bonne) surprise de cet album dont on attendait mieux n’arrive qu’au 19e et dernier morceau, « Perdu », en duo avec Damon Albarn (leader de Blur et Gorillaz) qui cosigne le titre et passe à la production. Mais trop tard.

Un grand bol d’air

Cécile Corbel. « Enfant du Vent » (Polydor)

Cécile Corbel sous les dessins d’Andrea Kiss. Photo Bran Music

Cécile Corbel sous les dessins d’Andrea Kiss. Photo Bran Music

Un vent nouveau venu des terres celtiques et de plus loin encore souffle par la voix et la musique de Cécile Corbel. Son dernier recueil de chansons, « Enfant du Vent », forme une bouffée d’airs joyeux, entre titres originaux, reprises de comptines, chants traditionnels et autres glanés par delà les océans. Jusqu’au Québec et au Japon d'où la harpiste a ramené « Mon voisin Totoro » qu’elle a confié aux enfants de la chorale Anima. Les amateurs du film d'animation du même nom apprécieront. Le clin d'œil n’est d'ailleurs pas incongru au milieu des musiques de Bretagne et d’Irlande quand on sait que Cécile Corbel entretient des liens très forts avec les studios Ghibli pour lesquels elle avait signé la bande originale d’« Arrietty, le petit monde des chapardeurs » en 2010.

D’outre-Atlantique, c’est « V’la l’bon vent » en duo avec Natasha St Pier qui secoue avec ses cordes et ses percussions haletantes. 

Avec la complicité de Simon Caby, son partenaire en amour, sur scène et en studio, la maman troubadour d’un petit Joseph de trois ans a voulu lui offrir un disque virevoltant, gai et émouvant. Elle au chant, à la harpe et aux percussions ; lui aux guitares, dans les chœurs, à la basse, au piano et à l’harmonium, entourés d’un orchestre de cordes, de flûtes et de sifflets, ils cosignent pas moins de dix-neuf chansons. De quoi combler leur petit et tous ceux qui vont se laisser tenter par l’aventure sonore assortie d’un livret lui aussi somptueux, illustré et mis en couleur par Andrea Kiss.

La France et l’Amérique entre amis

Baptiste W. Hamon. « Soleil, soleil bleu » (BMG)

Baptiste W. Hamon. Photo BMG

Baptiste W. Hamon. Photo BMG

Depuis ses débuts avec « L’Insouciance » en 2016, Il y a le trémolo de la France dans sa voix et les grands espaces du Texas dans sa musique. Mais Baptiste W. Hamon, qui a passé des jours de son enfance dans les rues du quartier Belle-Beille à Angers, semble réduire la distance entre la chanson « à la française » et les accords country. En témoigne son tout nouvel album, « Soleil, soleil bleu », qui sort ce vendredi 5 avril, où alternent les mélodies pop et americana.

« Je brûle » crépite de toutes parts. Voix et instruments s’y entremêlent comme les flammes d’un brasero qui devient brasier. On y entend une harpe fugace et des grelots qui tintent. « Bloody Mary » étonne aussi (pour le meilleur) de la part de Baptiste W.Hamon qui pimente son cocktail de boîtes à rythmes, guitares brillantes et saxo. 

Toujours impeccable, l’ami américain Will Oldham (connu aussi sous le nom de Bonnie Prince Billy) est de nouveau convié pour un duo (« Mon Capitaine »). Christophe Miossec n’a quant à lui pas dû se faire prier longtemps pour poser sa voix sur l’émouvant « Hervé », une ode qui rappelle celle à « Billie Joe » chantée par la mythique Bobbie Gentry et adaptée en France par Joe Dassin et Jean-Louis Murat (« Marie-Jeanne »).

« Heureux qui, comme Ulysse a fait un beau voyage… », dit le poète heureux de retrouver la douceur de son pays. Ainsi va Baptiste W.Hamon quand il chante le retour à la maison (« Coming Home », « J’aimerais tant que tu reviennes »), accompagné par des voix féminines qui ajoutent à la mélancolie, lumineuse sous le « Soleil bleu »

Le duo du printemps

Karen O / Danger Mouse. « Lux Prima » (BMG)

Danger Mouse et Karen O. Photo Eliot Lee HAZEL

Danger Mouse et Karen O. Photo Eliot Lee HAZEL

Ne pas se fier à son air de fort en thèmes toujours austère. Ses lunettes, ses cols boutonnés serrés et ses cols roulés d’expert comptable dissimulent en fait l’un des plus grands créateurs de sons et de chansons de ces 20 dernières années. Danger Mouse, Brian Burton pour l’état civil, a mis le pied dans la pop en 2004 avec des façons de pirate : entremêler les pistes de l’album blanc des Beatles avec celles du « Black Album » du rappeur Jay Z. Les ayant-droits n'ont pas du tout aimé l’entreprise et fait interdire la diffusion des titres hybrides. Le milieu a lui beaucoup apprécié et favorisé l’ascension fulgurante de l’impétrant qui signait en 2006 le tube planétaire « Crazy » au sein du groupe Gnarls Barkley, après passage par la case Gorillaz à la production du deuxième album du collectif, « Demon Days ».

Depuis, on ne compte plus les collaborations éblouissantes (avec les Blacks Keys, Norah Jones ou encore Adele…). Jusqu'à ce printemps où l’on retrouve notre expert au volant de « Lux Prima » en duo avec l’Américaine d’origine coréenne, Karen O, qui s’est illustrée en 2006 aux commandes de la bande originale du film « Max et les Maximonstres ».

La chanteuse, en congé des Yeah Yeah Yeahs, impressionne dans tous les registres où la mène Danger Mouse : groove, funk et folk, nappés de cordes, donnant l’impression d’un disque en CinémaScope. « Ministry » est le parfait résumé de cette totale réussite, au son d’arpèges de guitares portant la voix cristalline d’O dans un flot de cordes et de chœurs féminins.