Des chansons à corps perdu

Ariana Grande. « Thank u, next » (Mercury)

Ariana Grande, à l’endroit sur la pochette de « Sweetener ». Photo Universal Music

Ariana Grande, à l’endroit sur la pochette de « Sweetener ». Photo Universal Music

Après l'attentat terroriste qui avait fait vingt-deux morts à Manchester (Angleterre) à la fin de l'un de ses concerts le 22 mai 2017, Ariana Grande, 25 ans, s'est lancée à corps perdu dans la création. Un peu plus d'un an plus tard, en août 2018, l’Américaine publiait le bouleversant « Sweetener », quinze titres parmi lesquels le programmatique « No Tears Left To Cry » (« Plus aucune larme pour pleurer »). Six mois plus tard, elle est de retour avec « Thank u, next » (« Merci, au suivant »).

Les épreuves ont décuplé les forces de la pop-star haute comme trois pommes (1m53), aux cheveux attachés en une queue de cheval démesurément longue. La photo de la pochette de « Sweetener » la montrait complètement retournée. Au propre, comme au figuré comprenait-on. Pour « Thank u, next », le portrait est encore renversé, mais l’artiste a pris la distance nécessaire qui lui permet de lancer sur Twitter le 23 janvier : « Toujours à l’envers… mais pour mieux en rire ». Quoique. La chanson « Fake Smile » (« Faux sourire ») trahissant malgré tout la détresse au milieu d’amis qui s’amusent : « I won’t say I’m feeling fine / After what I’ve been through, I can’t lie » (« Je ne dirai pas que je vais bien / Après ce que j’ai traversé, je ne peux mentir »). Mais la femme forte domine, à qui il a fallu seulement deux semaines pour enregistrer la douzaine des nouveaux titres qu’elle cosigne.

La voix d’Ariana Grande demeure son atout maître. Il y a encore de quoi se pâmer dès le premier titre, « Imagine », quand elle fait le grand écart sur les octaves et escalade les aigus (la fameuse voix de sifflet, comme Mariah Carey). On peut ne pas aimer ses acrobaties de la glotte, mais quand un si bel organe est mis au service de très bonnes chansons, il n’y a qu’à s’incliner.

Repartir de l’avant en fanfare

Stephan Eicher & Traktorkestar. « Hüh ! » (Polydor)

Stephan Eicher dans un bain de confettis, en hommage à Bashung au milieu de lentilles d’eau sur l'album « Fantaisie militaire ». Photo Laurent Seroussi

Stephan Eicher dans un bain de confettis, en hommage à Bashung au milieu de lentilles d’eau sur l'album « Fantaisie militaire ». Photo Laurent Seroussi

Il y avait une raison pour laquelle on n'entendait plus trop Stephan Eicher : il était en délicatesse avec sa maison de disque. Elle attendait de lui un nouvel album ; lui attendait d’elle un financement à la hauteur de ses précédents enregistrements et pas amputé des deux tiers. « J'ai voulu réagir avec poésie, raconte le Suisse qui sait aussi compter. Je m'étais engagé à écrire douze nouvelles chansons, mais rien n'était stipulé concernant leur durée. J'ai donc aussi réduit mon investissement en faisant un disque de 10 minutes au lieu de 30 ! ». Et d’ajouter : « Ça ne les a pas fait rire ». Le disque (« Homeless Songs ») n'est jamais sorti. Dommage pour les amateurs de curiosités musicales.

Remis sur pied après des pépins de santé, l’artiste a trouvé refuge chez Polydor et s’est fait de nouveaux amis musiciens : toute une fanfare folklorique des Balkans, Traktorkestar. Celui qui avait démarré sa carrière en 1986 avec le magnifique album « Les Chansons bleues », essentiellement composées et jouées en solitaire avec des synthétiseurs et des boîtes à rythmes, ne boude pas son plaisir, entouré de cuivres, de tambours et de choristes. La musique qu’écoutait son père, un violoniste d’origine tzigane.

Pour repartir de l’avant avec « Hüh ! », Stephan Eicher a choisi de revisiter ses œuvres les plus belles (« La Chanson bleue » (notre préférée), « Combien de temps », « Pas d’ami (comme toi) »…) auxquelles s’ajoutent quatre inédits dont « Étrange » signé Philippe Djian, l’écrivain qui ne sait écrire des textes à chanter que pour son ami Stephan, où se mêlent émotion et trivialité. Qui d’autre que lui pour écrire un vers pareil : « Même un ange n’y comprendrait foutre rien » ?

Princesse Leyla, tout simplement

Leyla McCalla. « The Capitalist Blues » (Pias)

Leyla McCalla a quitté New York il y a huit ans pour retrouver ses racines à La Nouvelle-Orléans. Photo Sarrah DANZIGER

Leyla McCalla a quitté New York il y a huit ans pour retrouver ses racines à La Nouvelle-Orléans. Photo Sarrah DANZIGER

Leyla McCalla est une virtuose du violoncelle. Elle a pourtant laissé son instrument à la porte des studios quand elle a enregistré son dernier album, « The Capitalist Blues », sorti le 25 janvier. Ceux qui connaissent ses deux premiers disques seront donc surpris par les nouvelles couleurs de la musique de la jeune femme, électriques et saturées. C’est frappant sur « Aleppo », qui raconte le martyre de la ville syrienne d’Alep, quand sa voix forte doit se frayer un chemin dans le fracas des guitares et des basses poussées à fond par les amplis.

Au milieu de riffs tournoyants et moins âpres et des chœurs du magnifique « Heavy As Lead », elle sait aussi cajoler avec le renfort d'un orgue Hammond, impérial. Les cuivres sont aussi de la fête, comme au carnaval quand les fanfares déambulent dans les rues de La Nouvelle-Orléans (« Me and My Baby »).

Leyla McCalla est née à New York de parents haïtiens. Adolescente, elle a vécu deux ans au Ghana, en Afrique. De retour aux États-Unis, elle intègre l’université où elle se distingue par ses talents au violoncelle. Mais à la musique de chambre, elle préfère celle de La Louisiane où elle choisit de s’installer il y a huit ans. La culture créole s’impose alors dans ses compositions et ses textes. Le banjo prend le pas sur le violoncelle.

En choisissant de s’installer dans le bayou, au carrefour des cultures, Leyla McCalla fait feu de toutes les langues : français et anglais se fondent dans le créole qui rend familières ses chansons. Maman de trois enfants, une fillette de 4 ans et des jumeaux de 8 mois (garçon et fille), mariée au guitariste canadien Daniel Tremblay, elle mène une vie simple et rustique, dont elle partage les moments forts sur Instagram (@leylacello). On découvre ainsi qu’elle était à Paris ces derniers jours avec cette phooto d’elle allaitant ses deux petits, entre deux interviews de promotion. Simple.

Hubert Lenoir, vent frais du Québec

Hubert Lenoir. « Darlène » (Simone records)

Hubert Lenoir, 23 ans, a sorti son premier album au Québec il y a un an. Il débarque en France. Photo Noémie Doyon

Un phénomène et son premier disque en solo traversent l’Atlantique ce vendredi 1er février. Au Québec, Hubert Lenoir a raflé les victoires de la musique qu'on appelle là-bas Félix. La France succombera-t-elle au talent de ce garçon de 23 ans à la gueule d’ange qui ne recule devant aucune outrance, à commencer par l’abus de maquillage ?

Ces derniers jours, on a beaucoup écouté (et aimé) « Darlène », un album-concept comme on n’en fait plus et qui ose tous les genres, avec bonheur. On en a poussé prudemment la porte, tant on avait lu que le jeune homme décoiffe, sur disque comme sur scène. Mais c’est un morceau de jazz tranquille qui ouvre l’opus, « Fille de Personne I », suivi de « Fille de Personne II » et « Fille de Personne III » qui rebattent chacun les cartes des genres, passant avec allégresse de la pop à saxophone au glam rock à guitares saturées. Ce disque est foisonnant sans jamais perdre de sa cohérence. Hubert Lenoir déroute à plus d'un titre, multipliant les virages R&B, jusqu'à ne pas la ramener sur certains pour laisser s’exprimer les instruments.

Pour la petite histoire, « Darlène » est née de la collaboration intime de deux amoureux qui ont tout partagé dans leur petit appartement de Québec. Elle, Noémie D. Leclerc, écrivait le roman de « Darlène » alors que lui s’en inspirait pour écrire ses chansons. Au final, ce sont deux œuvres qui ont été publiées outre-Atlantique. 

« Je veux briser les codes de la pop comme le faisaient mes idoles David Bowie et Paul McCartney », a lancé l'ambitieux qui a fait ses classes dès l’âge de 17 ans dans le groupe The Seasons qu'il forme, entre autres, avec son frère Julien. Des débuts déjà pleins de promesses.

Treize chansons de haut vol

Bertrand Belin. « Persona » (Wagram)

Photo Bastien BURGER

Photo Bastien BURGER

Comment ne pas craquer pour le nouveau Belin et des titres splendides comme « Glissé Redressé » et « Bronze » ? Après l'énigmatique toucan de la pochette de « Cap Waller » (2016), l’artiste retrouve le goût de la pose sur « Persona », son dernier album publié aujourd'hui : en plan américain, bras et mains ballants sur d’invisibles colts, ceinturon apparent. Une jaquette toute simple pour envelopper des chansons toujours étranges dans lesquelles se côtoient moult personnages, des plus cabossés par la vie jusqu’au « Président, s’il vous plait ». La voix est grave, le chant est saccadé, mais la mélodie s’immisce partout, portée par des cordes qui font des rais de lumière dans des chansons tristes.

« Sur le cul » nous laisse pantois (évitons les répétitions). Les boucles sonores y sont hypnotisantes, interrompues ici et là par une cascade de sons synthétiques, comme une bille qui tombe et rebondit. L’effet saisit chaque fois qu’il surgit.

Si le toucan n’est plus, les oiseaux survolent toujours dans les textes de Bertrand Belin qui s’évertue pourtant à les éloigner. A force de « Ouste choucas » dans « Nuits Bleues ». Mais on en trouve encore qui volent très haut, croassent ou hululent dans « Bec », « Grand Duc » et « L’Opéra ». Autant de pièces majeures que les nostalgiques de Bashung apprécieront tant le Breton fait figure de digne successeur à l’illustre Alsacien.

Le retour du guitar hero

Mark Knopfler. « Down The Road Wherever » (Mercury)

Mark Knopfler et sa Fender Stratocaster en 2008. Photo AFP

Mark Knopfler et sa Fender Stratocaster en 2008. Photo AFP

La touche Knopfler est intacte. Son style reconnaissable dans chaque chanson de son neuvième album solo, « Down The Road Wherever », en plus feutré, assagi. Le « guitar hero » de Dire Straits, qui laissait ses doigts galoper sur le manche et les cordes dans des morceaux de bravoure comme « Sultans Of Swing », n’arbore plus ses bandeaux de tennis en éponge au front et aux poignets. Les cheveux sont tombés, la silhouette s’est épaissie, mais les mains sont toujours agiles et promptes à chatouiller l’échine. L’Écossais passé maître ès blues est à son meilleur. Les trois dernières minutes de « Just a Boy Away from Home » sont un bijou, alors que le morceau démarre façon blues avant de prendre un virage soul pour s’achever en solo sur l’hymne des supporters de l’équipe de football de Liverpool, « You’ll Never Walk Alone ». Grandiose.

Fin mélodiste et parolier inspiré, Mark Knopfler est aussi très savant en studios dont on sait qu’il adore, tel un enfant, le matériel et les guitares qui s’y entassent. Bob Dylan l’avait repéré dès 1979 et finira par lui confier la réalisation de son album « Infidels » en 1983.

Aux consoles, le virtuose assure toujours dans l’art d’ajouter à ses guitares planantes ce qu’il faut de jazz (« When You Leave »), de mélodies dansantes (« Nobody Does That », « Back On The Dancefloor », accompagné dans les chœurs par l’Irlandaise Imelda May) et de réminiscences celtiques (« Drovers’Road »), bien normales pour un natif de Glasgow.

David Bowie est toujours vivant

David Bowie. « Loving The Alien » (Parlophone)

Entre 1983 et 1987, la critique rock et les fans de la première heure de David Bowie (décédé, à un jour près, il y a déjà trois ans) n’avaient que très peu goûté ses albums « Let’s Dance », « Tonigt » et « Never Let Me Down ». Ces derniers sont aujourd’hui remasterisés, rassemblés et même revisité pour l’un dans le coffret « Loving The Alien » (disponible en streaming).

De leur côté, grand public et ados des années 1980, dont nous étions, avaient succombé aux assauts des saxos de « Let’s Dance » et à la sensualité de « China Girl », qu’accompagnait un clip aux images torrides, censuré alors dans de nombreux pays.

En 1983, David Bowie rompt les amarres avec la maison de disque RCA pour se lancer avec EMI dans la pop commerciale la plus rutilante. L’élitisme dépouillé de la période berlinoise avec Brian Eno cède la place à une collaboration spectaculaire avec Nile Rodgers (du groupe Chic). « Dansons ! », assène l’artiste qui n’en finit plus de se métamorphoser.

A la joie de réécouter des morceaux maintes fois joués et rembobinés sur les cassettes de l’époque (parmi lesquels la reprise du titre des Beach Boys « God Only Knows », « Blue Jean » et « Loving The Alien », dont Bowie dira qu’elle figure parmi ses chansons préférées), s’ajoute une curiosité : le ré-engeristrement avec d’autres musiciens, vingt ans après et en l’absence de son créateur, de l’album « Never Let Me Down » (1987). Sacrilège diront les fans intégristes, une belle re-création autour de la voix de Bowie diront d’autres, parmi lesquels nous nous comptons, à bientôt 48 ans.

Laura Pergolizzi passe à l’orange

LP. « Heart to Mouth » (BMG Universal)

Laura Pergolizzi, alias LP. Photo Vagrant Records / BMG

Laura Pergolizzi, alias LP. Photo Vagrant Records / BMG

Deux ans après la sensation « Lost on You », LP (pour Laura Pergolizzi) ressort les flingues, à savoir sa voix, son sifflet, son ukulélé et tout le tremblement. La frêle artiste à la voix d’or et rauque revient, dit-on, fracassée par une rupture amoureuse. Sur la pochette de son nouvel album, « Heart to Mouth », elle s’affiche en tailleur-pantalon orange, accablée, les bras ballants sur une chaise à bascule. Une pochette comme deux clins d’œil à deux formes de consécration. Le premier à la série de Netflix « Orange is The New Black » dont les auteurs ont repris sa chanson « Muddy Waters », dans l’épisode final de la quatrième saison. Le second à sa copine française, Mylène Farmer, avec laquelle elle partage un duo (« N’oublie pas »)… et l’idée de la pose alanguie dans un fauteuil.

Lire aussi : LP, une fille à ne pas manquer

L’artiste androgyne ne s'économise pas sur ce disque, au risque de passer au rouge, et d’en faire trop. Ce n’est qu’au cinquième titre qu’elle se décide à calmer le jeu au piano pour confier, des sanglots dans la voix, qu’elle est en pleine récupération (« Recovery »).

Celle qui écrit pour les reines de la pop (Rihanna, Rita Ora et, donc, Mylène Farmer) déroule avec arrogance le catalogue de ses compétences : country flamboyante sur la plupart des titres, R&B sur d’autres, et même latino-rock (« House On Fire »). Avec une science du refrain imparable (« Girls Go Wild » parmi d’autres) qui lui assure une belle progression de carrière, en solo ou pour d’autres.

Confidences d’un géant à Broadway

Bruce Springsteen. « On Broadway » (Sony)

Patti Scialfa et Bruce Springsteen à Broadway. Photo Danny CLINCH

Patti Scialfa et Bruce Springsteen à Broadway. Photo Danny CLINCH

Deux ans après son autobiographie, « Born To Run » (disponible en poche), le boss se pose avec un ovni sur la planète rock. Un disque (et un show sur Netflix) presqu’autant parlé que chanté, diablement rythmé par lui seul à la guitare, au piano et à l'harmonica. Et pour deux chansons (« Tougher Than the Rest » et « Brilliant Disguise »), rejoint par sa femme, Patti Scialfa.

Sur la scène de Broadway à New-York, cinq jours par semaine depuis 2017, Bruce Springsteen raconte sa famille, sa ville natale, Freehold (New-Jersey), qu’il a voulu fuir en courant (« Born To Run » et « My Hometown) pour mieux revenir y vivre, à dix minutes de route. 

Qu’il se produise avec son groupe, le E-Street Band, devant 80 000 personnes, ou ici devant un petit millier, la présence de Bruce Springsteen sur scène est impressionnante. Jamais théâtrale, toujours musicale. Les introductions aux quinze chansons phares de sa carrière qu’il revisite ne sont pas que de longs tunnels de bla-bla : même celui ou celle qui ne comprend pas grand-chose à l’anglais est tenu en haleine par le fil des notes à la guitare et au piano et au timbre rocailleux de l’immense songwriter, touché par la grâce.

L’humour n’est pas en reste, qui permet de passer de la dépression arrosée d’alcool du père à la joie de vivre de la mère qui a voulu offrir à ses enfants « une vie belle et solide ». La salle rit quand elle pourrait aussi pleurer.

On n’avait encore jamais vu pareil concert de rock’n’roll, car c’en est un, qui dure près de 2 h 30.

La bande originale prodigieuse

Max Richter. « L’Amie prodigieuse » (Deutsche Gramophone)

Elena et Lila, les deux amies prodigieuses. Photo DR

Soudées par leur prodigieuse amitié, les deux fillettes qui incarnent Elena et Lila crèvent l’écran. La musique qui accompagne la naissance de leur complicité transperce le cœur. La série, tirée de la saga littéraire « L’Amie prodigieuse », est diffusée depuis la mi-décembre sur Canal +. La bande-originale signée Max Richter est aussi disponible en ligne et dans les bacs.

Le morceau inaugural, « Elena & Lila », est d’une simplicité enfantine : un thème hypnotique joué au piano par Andy Massey, avant la douce avancée des cordes de l’orchestre Air Lyndhurst. Cordes qui se déchaînent pour accompagner les aventures des deux petites dans les rues de Naples (« Whispers »). La marche du violoncelle de « The Days Go By » est une splendeur. Pour illustrer la candeur des « Dialogues intérieurs » des héroïnes, le compositeur germano-britannique Max Richter et le claviériste Andy Massey tirent de l’oubli le célesta, ce vieil instrument de la famille des percussions, dont le dépouillement confine à la pureté.

Avec ou sans les images, cette bande originale est captivante. Tout comme le sont, captivants, les quatre volumes qui racontent 60 ans de la vie de deux femmes en Italie. Ils se sont vendus à des millions d’exemplaires à travers le monde depuis 2011.

Le mystère qui entoure cette œuvre n’est pas moins fascinant. Depuis toutes ces années et les succès engrangés, la véritable identité d’Elena Ferrante, qui a pourtant participé à l’adaptation de ses romans pour la télévision, demeure toujours secrète. Il est amusant de penser qu’elle (ou il !) écoute le même disque que nous, espiègle comme Lila.

Des chansons de saison

Kacey Musgraves. « A Very Kacey Christmas » (UMG Recordings).

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Le disque de Noël. C’est une tradition à laquelle les artistes anglo-saxons ne résistent pas. Même le Nobel de littérature Bob Dylan a succombé à la tentation en 2009 avec le réjouissant « Christmas In the Heart » et la vidéo déjantée illustrant « Must Be Santa ». Cette année, c’est au tour du guitariste de légende Eric Clapton de faire tinter les clochettes dans « Happy Xmas » et ses quatorze titres parmi lesquels les incontournables « Jingle Bells » et « Silent Night ».

Il y a deux ans, l’excellente chanteuse de country Kacey Musgraves s’est livrée à l’exercice avec appétit. « A Very Kacey Christmas » revisite des chansons assez peu connues sous nos tropiques, comme « I Want A Hippopotamus For Christmas », un délice sucré des années 50. La jolie brune est depuis revenue sur le devant de la scène avec le remarquable « Golden Hour » paru au printemps. L’hiver la rappelle à nous alors que vient l’heure d’accrocher les boules dans le sapin.

Ajoutons à la liste de Noël l’indispensable collection de reprises de Sufjan Stevens, « Songs for Christmas ». Et aussi « A Charlie Brown Christmas » de Vince Guaraldi, pour son ambiance jazzy. Le tout est à déguster sans modération en streaming. Joyeuses fêtes !

Lomepal, le rap à la cool

Lomepal. « Jeannine » (Pineale Prod - Grand Musique Management)

Antoine Valentinelli, plus connu sous le nom de Lomepal. Photo Viktor VAUTHIER

Antoine Valentinelli, plus connu sous le nom de Lomepal. Photo Viktor VAUTHIER

Connu sous le nom de Lomepal, Antoine Valentinelli est l’un des garçons les plus attachants de la scène rap actuelle. Pour se faire une idée de sa « coolitude », il faut lire ses propos croisés avec Philippe Katerine dans le numéro 1200 des Inrocks. Où l’on voit que les deux artistes qui chantent « Cinq doigts » en duo sur l’album « Jeannine » (sortie ce vendredi), se soucient assez peu du qu'en-dira-t-on (Katerine : « On ne se connaît pas très bien, mais c’est vrai que quelque chose se passe, on va tout doucement vers le Pacs, hein Antoine ? »)

Lomepal avait donné la mesure de son audace artistique avec la pochette de son excellent premier disque, « Flip », sur laquelle il apparaissait sur fond rose avec de grosses boucles d’oreilles et le mascara coulant sur la joue. Un coup de maître pour l’intrépide skateur qui s’est tout « cassé cinq fois » : le barbu a fini affiché partout en ville.

Le premier morceau extrait de l’opus, « 1000°C » (avec Roméo Elvis), surprend alors que les temps sont brûlants. Hasard du calendrier ou science prémonitoire, on l’entend rapper : « Un pied dans les flammes / Un autre dans la glace / Séduit par les extrêmes j’ai trouvé ma place ». Et plus loin : « Conscience décapitée, on verra les dégâts plus tard, aïe ».

« Jeannine », du nom de la grand-mère d’Antoine, aligne 17 morceaux qui font la part belle au rap, mais pas seulement. Le chant y trouve aussi sa place, comme dans « Le Vrai Moi » ou « Trop Beau » qu'adore Philippe Katerine. Idem.

Damon Albarn, l’Anglais inconsolable

The Good, The Bad & The Queen. « Merrie Land » (Warner)

Tony Allen, Damon Albarn, Simon Tong et Paul Simonon. Photo Pennie SMITH

Tony Allen, Damon Albarn, Simon Tong et Paul Simonon. Photo Pennie SMITH

L’Anglais Damon Albarn est triste. Il se remet mal du Brexit voté par ses compatriotes du Royaume-Uni. Et quand le leader de Blur, Gorillaz et ici The Good, The Bad & The Queen est triste, il écrit et compose des chansons, le plus souvent du meilleur tonneau. Comme quoi, en toute chose, malheur est bon.

Pour l’accompagner, Damon Albarn a réuni les vieux amis qui avaient déjà collaboré avec lui il y a onze ans : le batteur nigérian Tony Allen, l’ancien bassiste de The Clash, Paul Simonon, et le guitariste Simon Tong (du groupe The Verve). Le producteur de légende Tony Visconti a aussi mis la main à la pâte pour hisser « Merrie Land » (« Terre joyeuse ») sur les hauteurs de la mélancolie, donnant l’impression de déambuler au milieu des fêtes foraines désenchantées des stations balnéaires du Nord-Ouest et du Sud de l’Angleterre.

Au chant et aux claviers, Damon Albarn se surpasse. Il est ici en première ligne sur tous les titres, sa voix évoquant celle d’un David Bowie inconsolable avec lequel Tony Visconti a d'ailleurs travaillé, notamment sur l’ultime « Blackstar ».

Avec l’art de rendre mélodieuses des notes dissonantes, le maître des studios ajoute à l’épopée musicale un cor anglais (« Merrie Land »), un chœur de voix d’hommes (« Lady Boston »), une trompette (« The Last Man To Leave ») et des légions de cordes. La liste des instruments n’est pas exhaustive.

A l’occasion de la sortie de cet album, les quatre compères ont été photographiés par une illustre photographe, la Londonienne Pennie Smith. Ses images marquent les retrouvailles avec Paul Simonon dont elle avait immortalisé la silhouette enragée sur la pochette de « London Calling » de The Clash. Un autre jalon musical.

Un ouragan de blues créole

Delgres. « Mo Jodi » (Pias)

Baptiste Brondy (batterie) et Rafgee (soubassophone) entourent Pascal Danaë (guitare et chant).  Photo Mélanie ELBAZ

Baptiste Brondy (batterie) et Rafgee (soubassophone) entourent Pascal Danaë (guitare et chant).

Photo Mélanie ELBAZ

Une guitare Dobro, une batterie, un soubassophone et la voix blues et créole de Pascal Danaë (Victoire de la musique en 2015 avec le trio afro-Brésilien Rivière Noire…)… C’est la recette magique du trio Delgres qui vient de publier son premier album, « Mo Jodi ». Un ouragan de « heavy » blues créole.

« Tout est parti de la guitare Dobro », se souvient Pascal Danaë dans Télérama. Il la déniche dans une boutique d’Amsterdam en 2010. « J’avais foiré des projets, j’avais le temps d'avoir le blues, poursuit-il. J’ai commencé à faire des slides et à écrire des textes, et c’est le créole qui m’est venu naturellement. »

La guitare à résonateur métallique rutile sur tous les titres de « Mo Jodi ». Le doigté très caribéen du musicien pulse sous les coups de boutoir de Baptiste Brondy entre lesquels serpente le souffle grave de Rafgee au tuba. Tous ceux qui ont vu Delgres en concert ne sont toujours pas remis !

Le chant de Pascal Danaë vibre comme sa guitare. Révoltée quand elle écorche les puissants (« Mr President ») ; douloureuse quand elle évoque l’esclavage (« Mo Jodi ») ; amoureuse, en duo avec Skye Edwards (« Sere Mwen Pli Fo »).

Le nom du groupe Delgres s’inspire de l'héroïsme du colonel d’infanterie Louis Delgrès qui préféra la mort à la captivité après s’être rebellé contre les troupes napoléoniennes venues rétablir l’esclavage aux Antilles, un jour funeste de 1802. « Mo Jodi » (« Mourir aujourd’hui ») rend hommage à son sacrifice.

Les bonnes ondes de ces garçons-là

Radio Elvis. « Ces garçons-là » (PIAS)

Les garçons de Radio Elvis : Pierre Guénard, Manu Ralambo et Colin Russeil. Photo Fanny LATOUR-LAMBERT

Les garçons de Radio Elvis : Pierre Guénard, Manu Ralambo et Colin Russeil. Photo Fanny LATOUR-LAMBERT

Ces garçons-là, plus connus sous le nom de Radio Elvis, mènent leur musique et leur carrière tambour battant. « Ces garçons-là », c’est aussi le titre de leur deuxième album et de la chanson trépidante et haletante qui le clôt.

Pierre Guénard, à la voix puissante et sans manières (contrairement à trop d’autres), Manu Ralambo et Colin Russeil ont un jour eu le toupet de s’arroger le nom d’Elvis. Fallait-il qu’ils soient sûrs d’eux pour oser ? « Les Conquêtes » (2016) ont été saluées d’une Victoire de la musique. Deux ans plus tard, les jeunes gens originaires des Deux-Sèvres confirment et s’amusent des clichés rockabilly sur les images qui accompagnent leur disque.

Le premier titre de l’opus, « 23 Minutes », donne le tempo électrique et lyrique qui va suivre. Le rap domine la scène musicale actuelle, mais Pierre Guénard ne craint pas de chanter. Sa voix est poussée en avant par Pierrick Devin qui s’est attelé à la réalisation. Ce dernier sortait tout juste d’un projet avec le rappeur Lomepal quand il a pris les commandes de « Ces garçons-là ». Mais que les inquiets se rassurent, les sonorités urbaines du moment viennent à point nommé sans jamais inonder la musique de Radio Elvis. C’est là tout le talent d’un bon producteur qui sait s’adapter aux artistes qu’il sert. Avec son refrain accrocheur, « New York » est à cet égard une combinaison parfaite entre rock à l’ancienne et pop moderne.

Au lit avec Baxter, Etienne et Delilah

Baxter Dury, Etienne De Crécy et Delilah Holliday. « B.E.D » (PIAS)

Delilah Holliday, Baxter Dury et Etienne de Crécy. Photo Tom BEARD

Delilah Holliday, Baxter Dury et Etienne de Crécy. Photo Tom BEARD

Baxter, Etienne et Delilah ont couché leurs initiales pour former « B.E.D » et faire le lit de leur amitié musicale. Soit un album d’à peine vingt minutes, composé de neuf chansons. Idéales au réveil pour se mettre en jambes ; impeccables au coucher comme prologue à de beaux rêves, bercé que vous êtes par la voix de Delilah Holliday. Et aussi en voiture pour un court trajet !

« B.E.D » est une pochette-surprise qui prend tout son sens à l’heure du streaming, quand il est possible de se laisser embarquer en un clic dans la fantaisie créatrice d’artistes qui prennent plaisir à jouer ensemble.

Etienne de Crécy, pilier de la french touch, est à la manœuvre musicalement. Sa production taille à l’os : un synthétiseur et une boîte à rythme accompagnent les voix, rauque pour l’un et lascive pour l’autre, de ses complices de l’automne. A l’écoute, on ne peut s’empêcher de penser souvent au générique d’« Amicalement Vôtre ». L’histoire ne dit pas si la maestria du britannique John Barry (on lui doit aussi le thème initial et principal de James Bond) inspire le Versaillais, mais libre à nous de l’imaginer.

Quant au taulier Baxter Dury, fils de feu Ian le punk, il cultive son charme de dandy à l’accent cockney. Dans ce « B.E.D » avec la renversante Delilah Holliday, il retrouve la gouaille nonchalante qui avait tant séduit à la sortie de son album « Happy Soup » en 2011. Ce sera donc la suggestion du jour : une soupe et au lit !

Le punk au panthéon du rock

Joe Strummer. « Joe Strummer 001 » (PIAS)

Joe Strummer (1952-2002). Photo Bob GRUEN

Joe Strummer (1952-2002). Photo Bob GRUEN

Joe Strummer fut un immense songwriter doté d’une voix déchirée et déchirante que l’on découvre ou redécouvre au gré des 32 titres, partagés entre raretés et inédits, du coffret « Joe Strummer 001 ». L'anthologie publiée cet automne rassemble son œuvre menée hors de The Clash : d’abord avec les 101’ers, en solo, puis avec Les Mescaleros. Mais hélas sans The Pogues avec lesquels il avait pourtant collaboré en remplacement de l’indomptable leader du groupe irlandais, Shane MacGowan, parti voir ailleurs pour incompatibilité d’humeur.

A la disparition du leader de The Clash à l’âge de 50 ans en 2002, on a réalisé qu'il n'avait cessé d'archiver son travail qui regroupe quantité d’écrits et de bandes conservés au fond de son jardin. « Joe Strummer 001 » a été conçu sous la supervision de sa veuve Luce et de l'artiste canadien Robert Gordon McHarg III qui avait dans le passé géré plusieurs expositions autour de l'artiste.

A l’écoute de cette somme qui en présage d’autres, on prend le même plaisir qu’à celle des vieilleries de Buddy Holly. A des dizaines d’années d’écart, les géniteurs du rock’n’roll et du punk ont en commun la même rage au micro et la même invention musicale qui les autorisent à mêler les genres : le style hawaïen pour Holly, le reggae pour Strummer.

Cette passion pour la musique de la Jamaïque atteint un seuil inattendu quand Joe Strummer et Johnny Cash se retrouvent avec le producteur Rick Rubin pour enregistrer la chanson de Bob Marley « Redemption Song ». Tout fusionne avec évidence et montre que l’icône du punk occupe une place à part au panthéon du rock.

Il faut aussi l’écouter (et le voir sur YouTube dans le film d’Aki Kaurismäki « J’ai engagé un tueur ») guitare en mains et seulement accompagné d’un djembé, interpréter « Burning Lights ». Quelle gueule et quel art de la chanson dépouillée !

Le combat gagné contre elle-même

Cat Power. « Wanderer » (Domino Records)

Cat Power, 46 ans, a réussi a vaincre ses démons et revient plus forte que jamais. Photo Eliot Lee HAZEL

Cat Power, 46 ans, a réussi a vaincre ses démons et revient plus forte que jamais.
Photo Eliot Lee HAZEL

Les pochettes de disques sont les indicateurs de la météo psychologique des artistes qu’elles servent. En 2006 avec « The Greatest », Cat Power montrait deux gants de boxe en pendentif, manière de bien faire comprendre qu’elle était là pour en découdre. Sur « Wanderer », sorti le 5 octobre, la même Cat Power (Shan Marshall pour l'état civil) dévoile un peu de sa vie apaisée après des années d'errance, en proie à l'alcool. Ici donc, une photo cadrée serrée au bord de la mer avec le haut de la tête d'un bambin, une guitare, et, sans doute elle, dont on ne voit que le bras, en robe à fleurs.

En grosses lettres sur le dernier numéro des Inrocks, l'artiste américaine qui a élu domicile à Miami avec son compagnon et son enfant, explique : « Beaucoup de mes albums ont été des combats, des luttes, mais celui-ci s'est offert à moi au fur et à mesure des mois. Comme si la personne que j'avais été avant et avec laquelle j'ai longtemps eu à me battre avait décidé de me faire ce cadeau ».

Quel cadeau ! « Wanderer » (« Vagabonde », en français) est une splendeur qui touche au cœur plage 6, avec les piano, cordes et voix du poignant « Stay » (une reprise d'un titre de Rihanna). La chef de file du folk féminin américain s'associe aussi avec Lana Del Rey pour un autre des sommets du disque, « Woman », dans lequel leurs voix s'enlacent et accélèrent le tempo avec bonheur.

Jeanne la rayonnante

Jeanne Added. « Radiate » (Naïve/Believe)

Jeanne Added la touche-à-tout a forgé son art en France et en Angleterre. Photo Julien MIGNOT

Jeanne Added la touche-à-tout a forgé son art en France et en Angleterre. Photo Julien MIGNOT

Jusqu’à ses 34 ans, Jeanne Added fut une brillante musicienne de jazz, évoluant à l’ombre des plus chevronnés. L’élève du Conservatoire de Paris et de la Royal Academy of Music de Londres tâta aussi du chant lyrique.

Jusqu’à ce qu’elle envoie tout valser pour se lancer dans la musique pop. Après la sortie de son premier album, le bien nommé « Be Sensational » (2015), les salles de concert bondées et les champs des festivals d’été surchauffés ont succédé aux rendez-vous pour initiés.

La maîtrise musicale de Jeanne Added s’entend dans tous les recoins de ses compositions. Celle qui voue un culte à (feu) Prince depuis qu’elle a 11 ans joue comme lui moult instruments et sait poser sa voix en majesté. Qu’elles s’habillent jazz ou électro, ses notes ont de la tenue.

En trois verbes, qui jalonnent le cheminement dans son dernier album, l’artiste explore les facettes de sa personnalité en mouvement : rayonnante (« Radiate », qui donne son titre au disque), capable de se réinventer (« Remake ») et en constante mutation (« Mutate »). Sincère, tendre, dansant, lumineux, incandescent et chaleureux sont les adjectifs qui qualifient le mieux le travail de la native de Reims qui a forgé son art en Angleterre.

Les textes sont toujours en anglais mais on ne désespère pas de l’entendre un jour se dévoiler en français. Jeanne Added, dont la puissance vocale est phénoménale, devrait ajouter cette corde à son arc.

Angèle dans la cour des grands

Angèle. « Brol » (Initial/Universal)

Angèle, avant / après. Photo Charlotte ABRAMOW

Angèle, avant / après. Photo Charlotte ABRAMOW

Le voile de sa voix quand Angèle descend dans le grave suffit à notre bonheur ces jours-ci. Ecoutez-là quand elle chante « Tout le monde il veut seulement la thune / Et seulement ça, ça les fait b… ».

A 22 ans, Angèle a gardé la frange ingénue de ses cinq ans, et la gouaille enfantine qui va avec. La photo sur la pochette de son premier album « Brol » où on la voit édentée (de lait) le laisse deviner. Nombre de ses chansons sont des petits manifestes de politiquement incorrect (« Balance ton quoi » pour n’en citer qu’une). En dansantes mélodies, l’auteur et interprète Angèle percute comme un rappeur. Ses premiers faits d’armes avec son rappeur de frère, le Belge Roméo Elvis, n’y est sans doute pas pour rien. 

Brol. Il faut être belge pour comprendre. Voici donc les explications de la native du royaume voisin, fille d’un autre chanteur bien connu là-bas, Marka : « J’avais simplement envie de mettre un mot belge dans mon album, d'autant qu'il m'a toujours fait rire. Le brol c’est le bordel, le désordre mais optimiste et léger, ce n'est pas du tout péjoratif. Ce mot me rappelle mon enfance, mon pays parce que j'y suis de moins en moins. Je le trouve du coup très rassurant.»

Angèle a tout bon. Et de quoi rendre jaloux dans la cour des grands. Parlons justement de « Jalousie », dernier single et clip en date. Après les vidéos « La Loi de Murphy » et « La Thune » qui jouaient la carte de l’humour, l’artiste se révèle géniale en robe fluide au milieu de danseuses habillées pareil et immergées dans l’architecture futuriste du siège du Parti communiste français, œuvre du brésilien Oscar Niemeyer. Quand la pop élargit les horizons comme ça, on prend !