Clairo en clair-obscur

La nouvelle venue dans le paysage de la pop mondiale chante ses fragilités, avec aplomb.

Clairo, sous les feux de la rampe. Photo Hart LESHKINA.

Clairo, sous les feux de la rampe. Photo Hart LESHKINA.

« Immunity » Clairo (Fader)

A tout juste 21 ans, Claire Cottrill, alias Clairo, est une jeune femme gâtée par la vie. Vu de l’extérieur, du moins. A l’adolescence, elle passe des heures dans sa chambre à concocter des ritournelles au synthé qui racontent son quotidien d’adolescente en Amérique. Elle s’amuse avec ses amis à les mettre en images et en ligne sur YouTube. Bingo ! A 18 ans, le réseau fait d’elle une vedette avec plus de 35 millions de vues pour son titre « Pretty Girl » (« Jolie fille »). Sans doute aussi aidée par papa Cottrill qui a des relations, elle signe avec la maison de disque Fader et se lance dans l'écriture de son premier album, « Immunity », en collaboration avec la crème des producteurs : Rostam Batmanglij, ex-Vampire Weekend. Ils sont rejoints en studio par Danielle Haim, la guitariste, chanteuse et batteuse émancipée du trio qu’elle forme avec ses sœurs Este et Alana. Du beau monde, donc, pour un disque très réussi.

Voilà pour la belle histoire. Mais tout ne semble pourtant pas si rose dans la vie de Claire. Dès la première chanson, on la découvre en ado un peu paumée qui remercie un ami de l’avoir sauvée d’une tentative de suicide en pleine nuit (« Alewife »). Le titre du titre, « Immunity », renvoie quant à lui, à la maladie auto-immune qui l’accable (une polyarthrite rhumatoïde). L'anxiété qui va avec s’entend dans la voix vulnérable de l’artiste qui n’entend pas pour autant qu’on la plaigne. « I Wouldn't Ask You To Take Care Of Me » (« Je ne te demande pas de prendre soin de moi »), chante-t-elle à la toute fin, avec le renfort d’une chorale d’enfants. Comme pour signifier qu’elle l’est encore, enfant, mais dotée de l’envie farouche de devenir une pop-star. C’est tout le mal qu’on lui souhaite.