Lana Del Rey en état de grâce

L’Américaine se montre moins sophistiquée, au profit d’un album intense.

Lana Del Rey sur le tournage de son clip « The Greatest ». Photo Pamela COCHRANE

Lana Del Rey sur le tournage de son clip « The Greatest ». Photo Pamela COCHRANE

« Norman Fucking Rockwell » Lana Del Rey (Polydor)

Avec « Norman Fucking Rockwell », Lana Del Rey joue la carte pop. La ténébreuse des années 2010 a troqué ses robes tirées à quatre épingles pour un blouson grand ouvert sur un décolleté plongeant. Et un bel éclat de rire pour la photo. Le design visuel de la pochette est pop aussi, faisant écho aux comics des années 50, à la manière de Brigitte Bardot quand elle chantait des « bang, des vlop et des zip » dans « Comic strip » avec Serge Gainsbourg.

Mais qui est donc ce Norman Rockwell qui donne son nom à ce disque et attise la curiosité ? Et pourquoi cette grossièreté au beau milieu du patronyme ? Norman Rockwell (1894 - 1978) était un peintre figuratif de la vie américaine du XXe siècle. Il est célèbre pour avoir illustré, de 1916 à 1960, les couvertures du magazine « Saturday Evening Post », puis les pages de « Look » à partir de 1964. L’une de ses plus célèbres illustrations, « Notre problème à tous », représente une fillette noire-américaine se rendant à l’école escortée par des agents fédéraux, en pleine période ségrégationniste.

Le jeu de piste que l'on s’invente mène au titre inédit « Looking For America » (« A la recherche de l’Amérique ») publié en parallèle à « NFR » en hommage aux victimes des tueries d’El Paso et de Dayton, montrant que le pays de Lana Del Rey n’en a pas fini avec ses problèmes.

Et quid du « Fucking » ? Dans une interview à Radio Beats 1, la parolière de (presque) toutes ses chansons évoque la difficulté de ces artistes qui ne veulent pas admettre qu’ils sont géniaux et déconsidèrent leur art. Elle vise celui qui a fait des merveilles avec elle : le producteur Jack Antonoff qui s’est auparavant illustré avec Taylor Swift, Lorde et St. Vincent. Avec lui, Lana Del Rey atteint l’état de grâce et pousse loin l’intensité émotionnelle de sa voix. « Hope is a dangerous thing for a woman like me to have - But I have it » (« L’espoir est chose dangereuse pour une femme comme moi - Mais je l’ai) transperce le cœur.