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Princesse Leyla, tout simplement

Leyla McCalla. « The Capitalist Blues » (Pias)

Leyla McCalla a quitté New York il y a huit ans pour retrouver ses racines à La Nouvelle-Orléans. Photo Sarrah DANZIGER

Leyla McCalla a quitté New York il y a huit ans pour retrouver ses racines à La Nouvelle-Orléans. Photo Sarrah DANZIGER

Leyla McCalla est une virtuose du violoncelle. Elle a pourtant laissé son instrument à la porte des studios quand elle a enregistré son dernier album, « The Capitalist Blues », sorti le 25 janvier. Ceux qui connaissent ses deux premiers disques seront donc surpris par les nouvelles couleurs de la musique de la jeune femme, électriques et saturées. C’est frappant sur « Aleppo », qui raconte le martyre de la ville syrienne d’Alep, quand sa voix forte doit se frayer un chemin dans le fracas des guitares et des basses poussées à fond par les amplis.

Au milieu de riffs tournoyants et moins âpres et des chœurs du magnifique « Heavy As Lead », elle sait aussi cajoler avec le renfort d'un orgue Hammond, impérial. Les cuivres sont aussi de la fête, comme au carnaval quand les fanfares déambulent dans les rues de La Nouvelle-Orléans (« Me and My Baby »).

Leyla McCalla est née à New York de parents haïtiens. Adolescente, elle a vécu deux ans au Ghana, en Afrique. De retour aux États-Unis, elle intègre l’université où elle se distingue par ses talents au violoncelle. Mais à la musique de chambre, elle préfère celle de La Louisiane où elle choisit de s’installer il y a huit ans. La culture créole s’impose alors dans ses compositions et ses textes. Le banjo prend le pas sur le violoncelle.

En choisissant de s’installer dans le bayou, au carrefour des cultures, Leyla McCalla fait feu de toutes les langues : français et anglais se fondent dans le créole qui rend familières ses chansons. Maman de trois enfants, une fillette de 4 ans et des jumeaux de 8 mois (garçon et fille), mariée au guitariste canadien Daniel Tremblay, elle mène une vie simple et rustique, dont elle partage les moments forts sur Instagram (@leylacello). On découvre ainsi qu’elle était à Paris ces derniers jours avec cette phooto d’elle allaitant ses deux petits, entre deux interviews de promotion. Simple.

La quête du riff parfait

Jack White « Boarding House Reach » (XL Recordings)

Jack White n’est pas décidé à rompre avec le blues furieux. Photo Theon DELGADO

Jack White n’est pas décidé à rompre avec le blues furieux. Photo Theon DELGADO

Les premiers morceaux de « Boarding House Reach » n’offrent guère de répit. L’Américain de Detroit a branché les amplis à fond et relancé la machine infernale. Il pleut des cordes sur les guitares, le chant est hurlé, mais incroyablement juste, les percussions sont surexcitées. « Connected By Love », « Over and Over and Over » peuvent déjà prendre leurs inscriptions au rang de classiques.

Après une fantaisie tzigane, ce n’est qu’au mitan du disque que le tempo s’apaise, laissant place au blues dont il a le secret. La maison se referme sur une berceuse à la Paul Mc Cartney (« Humoresque »), comme pour s’excuser du remue-ménage qui a précédé.

Le style Jack White est toujours minimaliste, comme au temps des White Stripes. Il est l’un des meilleurs guitaristes de blues électrique de sa génération et continue sa quête du riff parfait. Être l’auteur du classique « Seven Nation Army » et de ses sept notes initiales reprises dans tous les stades ne lui suffit pas. Ici, il fait feu de tout bois. Rock’n’roll, funk, électro, punk, hip-hop, gospel, blues et même country… Passé dans son mixer, le mélange, à bien des égards redoutable, se révèle excellent et rend accro.

Le fort en thème chante et joue de tout : guitares acoustiques et électriques, batteries, orgue, synthétiseurs. En chef de bande, il emmène aussi avec lui la crème des musiciens qui ont joué avec Beyoncé, Kanye West, Jay Z. Pour quelqu’un qui snobait le hip-hop à ses débuts, voilà qu’il se rattrape. De la meilleure façon qui soit.

Benjamin Booker, sans réserve

Benjamin Booker « Witness » (Rough Trade)

Benjamin Booker, un jeune Noir Américain qui échappe au rap.

Benjamin Booker, un jeune Noir Américain qui échappe au rap.

On pense le plus grand bien des rappeurs américains, mais ça fait plaisir d’écouter un jeune homme de la Nouvelle Orléans qui n’a pas encore trente ans et maîtrise sur le bout des doigts les grammaires blues, rock, soul, voire punk.

Benjamin Booker était un peu passé inaperçu en 2014, au moins en France, à la sortie de son premier album, même si la critique rock avait bien vu en lui un brillant élément. Il revient avec Witness (« Témoin »). Un disque brûlant dans lequel il dénonce les violences infligées aux Noirs Américains aux Etats-Unis et interroge l'engagement et la réaction populaire face à celles-ci.
La légende soul Mavis Staples, 78 ans et toujours aussi vaillante, l’accompagne sur le morceau qui donne son titre à l’album. Les voix sont rauques, les guitares acérées sur fond de chœurs gospels, tendus. Une merveille.

Benjamin Booker ouvre les hostilités ou festivités, c’est selon, avec l’haletant « Right On You » qui enchaîne sur « Motivation », comme une Macy Gray au féminin, capable elle aussi de mettre le feu aux micros, notamment sur l’immense « The Way » (2014). L’histoire ne dit pas si les deux artistes se connaissent, mais ça donne l’impression que le plus jeune s’est nourri de la virtuosité de son aînée. Jusque dans les orchestrations qui tempèrent les ardeurs des guitares déchainées.

« Witness » est produit par Samuel Cohen déjà entendu aux guitares d’albums de Norah Jones et arrangé par Shawn Everett, croisé quant à lui chez les Alabama Shakes, Julian Casablancas et Weezer. Une combinaison de talents gagnante, entre douceur et tonicité.