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Il pleut des cordes sur Springsteen

Avec « Western Stars », Bruce Springsteen chante la Californie et le destin de héros cassés. Jamais il ne s’est autant entouré de violons.

Bruce Springsteen sur les routes du désert californien. Photo Columbia

Bruce Springsteen sur les routes du désert californien. Photo Columbia

Bruce Springsteen. « Western Stars » (Columbia)

Un cheval sauvage s’ébroue sur le sable du désert californien… La photo est magnifique et illustre un album qui ne l’est pas moins : le dix-neuvième de Bruce Springsteen, « Western Stars ».

Sept ans ont passé depuis son dernier disque en studio, « Wrecking Ball ». Difficile pourtant de parler de retour sur le devant de la scène alors que le Boss n’a jamais vraiment cessé de faire parler de lui depuis. D’abord avec des rééditions complétées de quelques-uns de ses brillants opus des années 1980 ; puis avec la publication de ses mémoires, le captivant « Born To Run » ; et enfin avec son spectacle seul en scène joué 236 fois à Broadway et diffusé sur Netflix.

Le susnommé - et bien nommé - « Wrecking Ball » (boulet démolisseur en français) a pour ainsi dire fait place nette. Des violons, des flûtes et un cor ont surgit des décombres, s’installant de façon plutôt inédite dans la musique du Boss. Il en résulte treize nouveaux morceaux élégiaques, débarrassés du son tonitruant du E Street Band (le groupe habituel de l’Américain), au profit d’orchestrations à la Burt Bacharach et Glen Campbell.

Bel canto

« Western Stars » emporte son auditeur sur les routes d’un rêve américain souvent contrarié. Sur la chanson qui donne son titre à l’album, Bruce Springsteen se met dans la peau d’un acteur déchu qui a un jour travaillé avec le mythique acteur de western John Wayne mais se retrouve à gagner sa croûte en tournant des pubs pour des cartes bancaires et du viagra. Sur une autre, il chante le destin d’un cascadeur au corps brisé par son métier.

Le soleil californien va bien au natif de New Jersey sur la côte Est. Sa voix, apaisée, vire même au bel canto à la manière de Roy Orbison sur « There Goes My Miracle ». Ainsi va la vie de notre héros de 69 ans qui a encore du carburant en réserve.

Confidences d’un géant à Broadway

Bruce Springsteen. « On Broadway » (Sony)

Patti Scialfa et Bruce Springsteen à Broadway. Photo Danny CLINCH

Patti Scialfa et Bruce Springsteen à Broadway. Photo Danny CLINCH

Deux ans après son autobiographie, « Born To Run » (disponible en poche), le boss se pose avec un ovni sur la planète rock. Un disque (et un show sur Netflix) presqu’autant parlé que chanté, diablement rythmé par lui seul à la guitare, au piano et à l'harmonica. Et pour deux chansons (« Tougher Than the Rest » et « Brilliant Disguise »), rejoint par sa femme, Patti Scialfa.

Sur la scène de Broadway à New-York, cinq jours par semaine depuis 2017, Bruce Springsteen raconte sa famille, sa ville natale, Freehold (New-Jersey), qu’il a voulu fuir en courant (« Born To Run » et « My Hometown) pour mieux revenir y vivre, à dix minutes de route. 

Qu’il se produise avec son groupe, le E-Street Band, devant 80 000 personnes, ou ici devant un petit millier, la présence de Bruce Springsteen sur scène est impressionnante. Jamais théâtrale, toujours musicale. Les introductions aux quinze chansons phares de sa carrière qu’il revisite ne sont pas que de longs tunnels de bla-bla : même celui ou celle qui ne comprend pas grand-chose à l’anglais est tenu en haleine par le fil des notes à la guitare et au piano et au timbre rocailleux de l’immense songwriter, touché par la grâce.

L’humour n’est pas en reste, qui permet de passer de la dépression arrosée d’alcool du père à la joie de vivre de la mère qui a voulu offrir à ses enfants « une vie belle et solide ». La salle rit quand elle pourrait aussi pleurer.

On n’avait encore jamais vu pareil concert de rock’n’roll, car c’en est un, qui dure près de 2 h 30.