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Sous le soleil de Morrissey

Morrissey. « California Son » (Etienne / BMG)

L’Anglais Morrissey sous le soleil de Los Angeles.
Photo Jake Walters

Immense auteur-compositeur avec The Smiths et en solo, Morrissey la joue ici plus modeste (si c’est possible quand on s’appelle Morrissey) en reprenant des chansons qui ont forgé son style, tirées du répertoire d’illustres songwriters nord-américains. Avec une préférence pour les années 1960 et 1970 et des artistes comme Joni Mitchell et Bob Dylan.

Jouée pour la première fois en 1964 par son créateur Roy Orbison (au passage l’un des plus grands chanteurs de tous les temps), « It’s Over » fait partie du trésor. Laura Pergolizzi (LP à la scène), autre interprète à la voix d’or, rejoint le baryton Morrissey pour ajouter à la majesté de l’original en montant à merveille dans les aigus.

Le commentaire du fils de Roy Orbison, Roy Jr, vaut bénédiction: « Nous adorons Morrissey ! Ses cheveux, sa mélancolie et la poésie de ses paroles m’ont toujours rappelé mon père. Sa version de « It’s Over » est géniale ».

Les orchestrations qui accompagnent sont à la mesure : magistrales. Morrissey les doit à Joe Chiccarelli dont la maestria en studio a auparavant servi U2, Elton John et The Strokes, pour ne citer qu’eux. Accompagné d’un piano bastringue et d’un jazz-band (« Wedding Bell Blues »), sous des rythmes tropicaux (« Loneliness Remembers What Happiness Forgets »), au son du boogie-woogie (« Suffer The Little Children »), Morrissey s’amuse beaucoup. Les chansons qu’il a choisies ont beau être réputées engagées, il évite tout pathos et se livre sans réserve et sans crainte de sombrer dans la caricature du crooner sur le retour.

Adulé aux Etats-Unis, l’homme de Manchester (Angleterre) s’est installé il y a déjà longtemps du côté de Los Angeles. Le titre de son nouvel opus n’étonne donc pas : « California Son » (« Fils de la Californie ») où l’on voit le Moz’ auréolé de bleu, les yeux azur.

Toujours prêt pour la bagarre

Morrissey « Low in High School » (BMG)

« Hache la monarchie » dit la pancarte sur le dernier album de Morrissey. 

« Hache la monarchie » dit la pancarte sur le dernier album de Morrissey. 

Les amateurs des chansons de Morrissey sont comblés cet automne avec la réédition du disque de 1986 des Smiths « The Queen Is Dead » (« La Reine est morte ») et la sortie presqu’en même temps du dernier album du chanteur originaire de Manchester (Angleterre) : « Low In High School ».
Hargne, humour et une forme de tendresse sont au rendez-vous, portés par une voix à son meilleur. Morrissey qui a toujours eu à cœur d’être le messager des classes populaires (jusqu’à flirter avec les extrêmes) se fait là le chantre des cancres, « Les nuls au lycée » comme l’indique le titre.
Tango et latino
Musicalement, les chansons sont un manifeste traditionaliste du rock avec des batteries lourdes et des guitares rugueuses. Les cuivres sont légion qui emballent les titres et décuplent leur puissance. 
Car le Moz n’est pas du genre à enregistrer sa musique seul dans sa chambre, penché sur un ordinateur et des synthétiseurs. Quand il s’y met, c’est avec une cohorte de musiciens qui excellent, chacun devant sa partition.
Il sait aussi alterner les genres avec maestria : tango sur « When You Open Your Legs » (« Quand tu ouvres les jambes »), latino sur « The Girl from Tel-Aviv Who Wouldn't Kneel » (« La fille de Tel-Aviv qui ne veut pas s'agenouiller »). Et volontiers électro sur le sautillant « I Spent The Day In Bed » (« J’ai passé la journée au lit »).
Cette tranche de vie et son refrain « No bus, no boss, no rain, no train » constituant l’un des moments les plus enthousiasmants de cet album très joueur. Très joueur, oui. En témoigne le garçon sur la pochette photographié devant Buckingham Palace, une hache en plastique à la main et vêtu d’un T-shirt floqué du nom de Morrissey. Comme si ce dernier voulait encore en découdre avec la couronne. Mais la reine est toujours vivante !