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A la mode des années 80

The Divine Comedy. « Office Politics » (Pias)

Neil Hannon, « démodé », sur la pochette de son nouveau disque. Photo Ben MEADOWS

Neil Hannon, « démodé », sur la pochette de son nouveau disque. Photo Ben MEADOWS

En convoquant des machines électroniques sur son dernier album, « Office Politics », Neil Hannon (plus connu sous le nom de The Divine Comedy) n’a pas cédé aux sirènes de la modernité. Mais flirte plus avec la pop synthétique d’Ultravox des années 80 qu’avec l'électro de Daft Punk des années 2000. Et c’est heureux, car ce disque est un délice qui, tel une guimauve, s’étire en longueur pour prendre la forme d’un double album de seize titres. « Depuis mes débuts (en 1990, ndlr), j'ai toujours gardé cette idée en tête de faire un jour un double album, un objet long, étrange. C’est de la nostalgie pure. Cette idée est vraiment démodée, mais moi-même je me sens démodé », dit l’artiste.

Décidé donc à ne pas lutter pour paraître plus jeune qu’il n’est (49 ans), Neil Hannon pose sur la pochette de son disque sur fond d’open-space d’un autre âge, le cou serré par un gros nœud de cravate ; et chante « Absolutely Obsolete » (« Complètement obsolète »).

En fin chroniqueur du temps qui passe, il émeut avec l’histoire en trois minutes et quarante-cinq secondes de « Norman & Norma », entre voyage de noces à Majorque, pina colada, fins de mois difficiles et l’ennui qui pointe après que leurs trois filles, Nadia, Neira et Neive, ont quitté le cocon familial… Avant un retour de flamme amoureux inespéré à la faveur de la reconstitution de la bataille d’Hastings en 1066 entre… « Normans et Saxons ». Un chef d’œuvre de romantisme et d’exubérance.

« A Feather In Your Cap » (« Une plume dans ton chapeau ») est encore une chanson déchirante quand elle évoque l’adieu blessé de l’auteur à une ancienne maîtresse qui ne l’a pas vu comme autre chose qu’un trophée sur le tableau de chasse de ses conquêtes.

Un nouveau Le Forestier à paraître

Maxime Le Forestier. « Paraître ou ne pas être » (Polydor)

Maxime Le Forestier, sans esbroufe. Photo Magda LATES

Maxime Le Forestier, sans esbroufe. Photo Magda LATES

A l’instar de Francis Cabrel, Maxime Le Forestier compte parmi les chanteurs français dont les mélodies et la voix nous collent des frissons. C’est toujours vrai à la sortie de son dernier disque, « Paraître ou ne pas être », avec des titres simples et beaux comme « Les Filles amoureuses ». Une chanson souriante comme elles, entre accords country à la guitare et celtiques au violon.

Cet album, c’est le journal intime d’un homme à l'automne de sa vie qui se raconte depuis la naissance jusqu’à la « Date limite » ; s’étonne du mal que l’on fait à la Terre (« Ça déborde ») ; se souvient de sa joie d’être un piéton « Avec une guitare » sur le dos ; se désole du climat politique en France, « La Vieille dame » ; taille un costard « au plus grand connard que la Terre ait porté ». Sans dire qui, chacun reconnaîtra le sien.

Maxime Le Forestier va à l’essentiel en prenant soin de bien s’entourer. Son fils, Arthur, joue de la guitare sur la quasi-totalité des morceaux, le jazzman Baptiste Trotignon du piano sur le très cubain « Paraître », Fiona Monbet du violon pour « Les Filles amoureuses ». Le compagnon de route Manu Galvin tient quant à lui la maison Le Forestier avec des manches de tous types en main : acoustiques, à douze cordes, électriques et Dobro. Julien Clerc est de passage, à la composition de « Dernier Soleil ».

L’esbroufe n’a pas sa place dans « Paraître ou ne pas être ». Pas d’arrangements orgueilleux, pas de grands gestes orchestraux… pas trop de paraître. Au final, cela donne dix chansons serrées en trente minutes. Maxime Le Forestier confie que c'est plus difficile à chaque album : « Nous nous sommes beaucoup téléphoné sur ce thème, Alain Souchon et moi. La peur des redites, des rimes souvent employées, le fait que la barre est haute… », mais allègrement franchie. C’est du moins notre avis.

Une vie de chansons bien remplie

Sting. « My Songs » (Polydor)

Sting dans le bain de jouvence des chansons qui ont fait sa gloire. Photo Polydor.

A 67 ans, l’Anglais Sting qui porte pourtant toujours beau, le muscle saillant sous le t-shirt serré, se plonge dans un bain de jouvence en rejouant « [S]es Chansons » qui ont fait sa gloire, d'abord avec The Police, puis en solo. Quelques mois après un album de reggae très réussi avec Shaggy, faut-il voir dans cette compilation nostalgique une opération de gonflage à bloc de porte-monnaie ? On n’est pas loin d’y songer, mais évacuons cette vilaine pensée. Car force est d’admettre que ces reprises fidèles aux versions originales lient l’artiste et son public dans un plaisir partagé.

Pour l’occasion, Sting se fend d’un texte dans lequel il égraine ses fameuses chansons et le contexte dans lequel il a écrit chacune. Extraits à propos de trois de nos préférées :

« So Lonely » (« Si seul ») (1978) : « C’est curieux d’aborder la solitude de façon aussi exubérante, mais peut-être est-ce thérapeutique ? »

« Message In A Bottle » (1979) : « Tout a commencé par un riff composé sur ma Fender Strat noire alors que je me trouvais à l’arrière d’un minibus bruyant entre Düsseldorf et Nuremberg (Allemagne). J'ai tout de suite compris que je tenais quelque chose ».

« Roxanne » (1977) : « Cela paraît très à propos que cette version soit un enregistrement d’un concert donné à l’Olympia de Paris. La chanson y est née en 1977. Nous logions dans un trou à rats sordide derrière la Gare du Nord, où j’ai infusé l’objet de l’amour romantique de Cyrano dans le travail des filles de la rue plus bas. La cadence du Sol M suivi de Ré M devant Fa à la basse m’a inspiré cette histoire qui a changé ma vie pour toujours ». Et mis à l’abri des fins de mois difficiles.

La Grosse Famille recomposée

Fat White Family. « Serfs Up! » (Domino)

La Fat White Family au complet. Photo Sarah PIANTADOSI

La Fat White Family au complet. Photo Sarah PIANTADOSI

Les meilleurs clients des friperies d’Angleterre (voir la photo) ont publié il y a trois semaines un album parfait. On les dit volontiers nihilistes et enclins à la défonce ; leur musique est, elle, des plus classieuses et à portée de tous.

Sans renier leurs précédents disques plus radicaux, les frères Saoudi, leur complice Saul Adamczewski et les autres de la « Grosse Famille Blanche » ont lâché l’éponge abrasive pour une autre moins rugueuse. Le choix du titre de l’opus, « Serfs Up! », illustre le tournant : en référence à l’un des albums les plus solaires des Beach Boys, « Surf’s Up » (1971), et à notre époque marquée par les soulèvements populaires dans la rue et populistes dans les urnes. Explications, par les frères Saoudi, Lias et Nathan : « C’est surtout pour évoquer le Brexit, une révolution tournée du mauvais côté. Ça s’applique à tous les pays où un populiste l’a emporté aux élections. La révolution un peu foireuse que personne n’espérait. »

Avant ce retour en pleine santé musicale, la Fat White Family n’est pas passée loin de la désintégration. L’abus de drogues dures avait dévasté le groupe et les cerveaux. L’instinct de survie et une longue mise au vert dans la campagne anglaise ont remis en selle la bande.

Résultat : « Serfs Up! » est un disque luxuriant et magistral. Les post-punks ont tout gagné à élargir le champ des possibles. Qui pourrait leur en vouloir d’avoir ajouté des violons et des chants grégoriens aux guitares et aux synthétiseurs de morceaux aussi beaux que « Oh Sebastian » et « Tastes Good With The Money » ? Sûrement pas cet autre Anglais expert en nihilisme insouciant, Baxter Dury, qui figure au générique de cet incontestable retour en grâce.

La fille qui abolit les frontières

Lolo Zouaï.« High Highs to Low Lows » (Because)

Lolo Zouaï a patiemment égrené ses titres en streaming avant de sortir son premier album. Photo Grant SPANIER

Lolo Zouaï a patiemment égrené ses titres en streaming avant de sortir son premier album. Photo Grant SPANIER

Lolo Zouaï est née à Paris. Sa mère est française, son père algérien. Elle a grandi à San Francisco, avant de s’installer à New York. Sa musique et son chant sont les reflets de ces péripéties de la vie quand elles trimballent une enfant sur tous les continents. A la toute fin de son premier album - le très réussi « High Hihgs to Low Lows » -, « Beaucoup » détonne et sonne comme une chanson douce des années 1960, à la manière de Françoise Hardy dans « Tous les garçons et les filles ».

Elles sont bizarres les chansons de Lolo Zouaï qui passent de l’anglais au français comme bon lui semble, parfois dans le même couplet. Pour les genres, c’est pareil : la cosmopolite abolit les frontières. « Ma musique est le résumé des différentes cultures qui m’habitent, explique-t-elle. Il y a un côté hip-hop qui vient de San Francisco, des mélodies plus classiques qui évoquent Paris. On retrouve aussi des sonorités arabiques dans les adlibs, inspirées par mes racines algériennes ». Et une énergie plutôt rentre-dedans qui rappelle New York.

Avant de capter l’attention dans de grands magazines comme Vogue ou i-D (Vice), la jeune femme de 24 ans a dû batailler pour s’imposer, entre emplois de serveuse et beaucoup de temps passé dans sa chambre à concocter ses titres qu’elle envoie au compte goutte sur les réseaux. L’ironique et amer « High highs and Low Lows », qu’on peut traduire par « Des hauts très hauts et des bas très bas », raconte ça.

Celles et ceux qui aiment Angèle devraient aimer Lolo Zouaï et être aussi intrigués que nous par les ressemblances qui les unissent. L’effet poreux des réseaux que l’une et l’autre n’ont cessé d’alimenter des mois durant avant de sauter dans le grand bain, dira-t-on.

C’est la même chanson

Roméo Elvis. « Chocolat » (Barclay)

Le Belge Roméo Elvis vient de publier son premier album solo. Photo Straussphère

Le Belge Roméo Elvis vient de publier son premier album solo. Photo Straussphère

Dommage. Roméo Elvis arrive un peu tard dans le rap « mainstream ». L’histoire ne nous donnera peut-être pas raison, mais son premier album solo, sorti vendredi 12 avril, donne déjà l’impression qu’il est passé de mode. La place est prise. 

Claude François chantait « C'est la même chanson », on en est un peu là avec Roméo Elvis qui donne l’impression de faire tout comme les collègues de boulot Orelsan, Eddy de Pretto et surtout Lomepal quand ils content leurs aventures réelles et imaginaires. Jusque sur la pochette : un portrait provoc’, comme son ami Lomepal l’a déjà fait, il y a trois ans, grimé en femme, le mascara coulant sur la joue. Pour le son et la voix, c’est idem : décalqués.

 « Chocolat » (référence au belge et à la marijuana) est aussi un album de prévention. Sur l’usage des substances illicites et les dégâts qu’elles provoquent, mais des paroles comme « Faut pas commencer le chocolat / mais si tu le fais faut toujours être à deux » (« Chocolat ») et « J’suis dans le malaise sans cette saloperie, mais j’en fume encore » (« Normal ») agacent plus qu’elles ne convainquent. Pour coller au réel, la plume de sa petite sœur Angèle est autrement plus légère. On regrette d’ailleurs son absence dans « Chocolat ».

La (bonne) surprise de cet album dont on attendait mieux n’arrive qu’au 19e et dernier morceau, « Perdu », en duo avec Damon Albarn (leader de Blur et Gorillaz) qui cosigne le titre et passe à la production. Mais trop tard.

Un grand bol d’air

Cécile Corbel. « Enfant du Vent » (Polydor)

Cécile Corbel sous les dessins d’Andrea Kiss. Photo Bran Music

Cécile Corbel sous les dessins d’Andrea Kiss. Photo Bran Music

Un vent nouveau venu des terres celtiques et de plus loin encore souffle par la voix et la musique de Cécile Corbel. Son dernier recueil de chansons, « Enfant du Vent », forme une bouffée d’airs joyeux, entre titres originaux, reprises de comptines, chants traditionnels et autres glanés par delà les océans. Jusqu’au Québec et au Japon d'où la harpiste a ramené « Mon voisin Totoro » qu’elle a confié aux enfants de la chorale Anima. Les amateurs du film d'animation du même nom apprécieront. Le clin d'œil n’est d'ailleurs pas incongru au milieu des musiques de Bretagne et d’Irlande quand on sait que Cécile Corbel entretient des liens très forts avec les studios Ghibli pour lesquels elle avait signé la bande originale d’« Arrietty, le petit monde des chapardeurs » en 2010.

D’outre-Atlantique, c’est « V’la l’bon vent » en duo avec Natasha St Pier qui secoue avec ses cordes et ses percussions haletantes. 

Avec la complicité de Simon Caby, son partenaire en amour, sur scène et en studio, la maman troubadour d’un petit Joseph de trois ans a voulu lui offrir un disque virevoltant, gai et émouvant. Elle au chant, à la harpe et aux percussions ; lui aux guitares, dans les chœurs, à la basse, au piano et à l’harmonium, entourés d’un orchestre de cordes, de flûtes et de sifflets, ils cosignent pas moins de dix-neuf chansons. De quoi combler leur petit et tous ceux qui vont se laisser tenter par l’aventure sonore assortie d’un livret lui aussi somptueux, illustré et mis en couleur par Andrea Kiss.

La France et l’Amérique entre amis

Baptiste W. Hamon. « Soleil, soleil bleu » (BMG)

Baptiste W. Hamon. Photo BMG

Baptiste W. Hamon. Photo BMG

Depuis ses débuts avec « L’Insouciance » en 2016, Il y a le trémolo de la France dans sa voix et les grands espaces du Texas dans sa musique. Mais Baptiste W. Hamon, qui a passé des jours de son enfance dans les rues du quartier Belle-Beille à Angers, semble réduire la distance entre la chanson « à la française » et les accords country. En témoigne son tout nouvel album, « Soleil, soleil bleu », qui sort ce vendredi 5 avril, où alternent les mélodies pop et americana.

« Je brûle » crépite de toutes parts. Voix et instruments s’y entremêlent comme les flammes d’un brasero qui devient brasier. On y entend une harpe fugace et des grelots qui tintent. « Bloody Mary » étonne aussi (pour le meilleur) de la part de Baptiste W.Hamon qui pimente son cocktail de boîtes à rythmes, guitares brillantes et saxo. 

Toujours impeccable, l’ami américain Will Oldham (connu aussi sous le nom de Bonnie Prince Billy) est de nouveau convié pour un duo (« Mon Capitaine »). Christophe Miossec n’a quant à lui pas dû se faire prier longtemps pour poser sa voix sur l’émouvant « Hervé », une ode qui rappelle celle à « Billie Joe » chantée par la mythique Bobbie Gentry et adaptée en France par Joe Dassin et Jean-Louis Murat (« Marie-Jeanne »).

« Heureux qui, comme Ulysse a fait un beau voyage… », dit le poète heureux de retrouver la douceur de son pays. Ainsi va Baptiste W.Hamon quand il chante le retour à la maison (« Coming Home », « J’aimerais tant que tu reviennes »), accompagné par des voix féminines qui ajoutent à la mélancolie, lumineuse sous le « Soleil bleu »

Le duo du printemps

Karen O / Danger Mouse. « Lux Prima » (BMG)

Danger Mouse et Karen O. Photo Eliot Lee HAZEL

Danger Mouse et Karen O. Photo Eliot Lee HAZEL

Ne pas se fier à son air de fort en thèmes toujours austère. Ses lunettes, ses cols boutonnés serrés et ses cols roulés d’expert comptable dissimulent en fait l’un des plus grands créateurs de sons et de chansons de ces 20 dernières années. Danger Mouse, Brian Burton pour l’état civil, a mis le pied dans la pop en 2004 avec des façons de pirate : entremêler les pistes de l’album blanc des Beatles avec celles du « Black Album » du rappeur Jay Z. Les ayant-droits n'ont pas du tout aimé l’entreprise et fait interdire la diffusion des titres hybrides. Le milieu a lui beaucoup apprécié et favorisé l’ascension fulgurante de l’impétrant qui signait en 2006 le tube planétaire « Crazy » au sein du groupe Gnarls Barkley, après passage par la case Gorillaz à la production du deuxième album du collectif, « Demon Days ».

Depuis, on ne compte plus les collaborations éblouissantes (avec les Blacks Keys, Norah Jones ou encore Adele…). Jusqu'à ce printemps où l’on retrouve notre expert au volant de « Lux Prima » en duo avec l’Américaine d’origine coréenne, Karen O, qui s’est illustrée en 2006 aux commandes de la bande originale du film « Max et les Maximonstres ».

La chanteuse, en congé des Yeah Yeah Yeahs, impressionne dans tous les registres où la mène Danger Mouse : groove, funk et folk, nappés de cordes, donnant l’impression d’un disque en CinémaScope. « Ministry » est le parfait résumé de cette totale réussite, au son d’arpèges de guitares portant la voix cristalline d’O dans un flot de cordes et de chœurs féminins.

Ils ressortent l’arc et les flèches

Les Innocents. « 6 1/2 » (RCA)

JP Nataf et Jean-Christophe Urbain, en derniers des Mohicans. Photo Yann ORHAN

JP Nataf et Jean-Christophe Urbain, en derniers des Mohicans. Photo Yann ORHAN

JP Nataf et Jean-Christophe Urbain ont pris un coup de vieux à l'image mais voix et jeu de guitares sont restés intacts. Comme si « Jodie » n’avait, elle, pas pris une ride, alors que trente deux ans ont déjà passé.

C'est l'effet merveilleux de « 6 1/2 », le dernier album des Innocents qui remontent le temps jusqu'à cet âge d’or de la pop en France, quand on chantait en chœur avec eux les refrains d’un « Homme extraordinaire », « Fous à lier », « Colore » et « Un autre Finistère ». 

Dans « 6 1/2 » (comprendre le sixième album du groupe ; le deuxième dans sa version en duo après « Mandarine » en 2015), on aime ces chanteurs exceptionnels à leur manière : Urbain quand il allonge les « soupirs » et donne envie de le rejoindre pour siffler sur la Côte d’« Opale » et Nataf quand il swingue dans « Les Cascades ».

Ce disque, c'est la joie retrouvée des mélodies bien troussées, quand elles serpentent au creux de l'oreille entre douceurs et ruptures de ton. En amoureux des Beatles, Jean-Christophe Urbain sait faire. Les mots de Nataf sont à la mesure, sincères et volontiers décalés. Le langoureux « Slow #1 » est à cet égard un bel exemple du savoir-faire des Apaches qui ont ressorti les arcs et les flèches pour la photo et transpercer le cœur : « Chérie, danse pas trop vite / C’est un hit qui t’invite »… Comme au bon vieux temps.

Le chic des vagues à l’âme

Keren Ann. « Bleue » (Polydor)

Keren Ann sous l’œil d’une grande couturière. Photo Bouchra JARRAR

Keren Ann sous l’œil d’une grande couturière. Photo Bouchra JARRAR

Entre autres raisons musicales et poétiques, on aime aussi le nouvel album de Keren Ann pour le charme des images qui accompagnent sa sortie ce vendredi. Photographiée par la styliste « haute couture » Bouchra Jarrar, l’artiste s’y dévoile dénudée, posant de dos, les cheveux relâchés, caressée par la lumière pâle du jour. L’image sur la pochette est en noir et blanc, le disque s’intitule « Bleue ». Très chic.

Près de vingt ans après « Jardin d’hiver » écrite avec Benjamin Biolay pour Henri Salvador, Keren Ann revient au français dans la totalité de ses dix nouveaux titres. La polyglotte israélienne, qui a longtemps vécu aux Pays-Bas avant de s’installer en France, a même convaincu le New-Yorkais David Byrne (ex-Talking Heads) de poser son drolatique accent sur le délicieux et inquiétant « Goût d’inachevé » (« Si vous étiez ma femme / Je vous emmènerais près des falaises… »).

Comme le bleu radieux peut tourner au blues, l’eau qui inonde ce disque (« Le Fleuve doux », « Nager la nuit », « Ton île prison »…) apaise et menace à la fois. « Il me tue cet amour », répète ad nauseam la chanteuse à la voix limpide. Comme si elle se noyait (« Sous l’eau »).

En privilégiant les violons et des arrangements de pianos et de guitares sans heurts, Keren Ann fait le choix de la douceur au détriment de la tonicité pop qui animait l’album « 101 » il y a huit ans. On recommandera donc de réécouter les fougueux « My Name Is Trouble » et « Sugar Mama », pour en découdre avec ces habits du jour tirés à quatre épingles. 

Canine et ses incisives amazones

Canine. « Dune » (Polydor)

Magali Cotta, au premier plan, tranchante Canine. Photo OJOZ

Magali Cotta, au premier plan, tranchante Canine. Photo OJOZ

Voilà le projet pop français le plus enthousiasmant de ce début d’année. Sous son mordant pseudonyme, Canine est longtemps restée cachée derrière des masques de plumes noires, au milieu d’une bande d’incisives amazones.

Magali Cotta, car c’est elle Canine, nourrit son ambition artistique depuis quatre ans. Avec la sortie de son premier album, « Dune », elle affiche sa véritable identité et son beau visage volontaire et sans âge, les cheveux au carré plaqués en arrière.

On apprend qu’elle est une enfant de la balle née à Nice qui a appris le piano à 4 ans et entamé une carrière théâtrale dès 10 ans en interprétant longtemps le rôle de Morticia dans « La Famille Adams ». Elle fut aussi metteuse en scène. Des talents multiples qui expliquent l’excellence des œuvres qu’elle offre désormais à écouter et à voir, sur scène et en ligne. 

Dans sa cornue, Canine a versé les ingrédients d’un parfait condensé musical et fait monter du classique, du groove et du hip-hop. Experte dans l’art d’entremêler les genres, elle ne s’est pas privée de transformer sa propre voix, si bien que l’on ne sait plus si c’est une femme ou un homme qui chante. Troublant.

Au milieu des voix cristallines des filles qui l’entourent, son chant est martial. Mais il sait aussi laisser place à de belles éclaircies, comme sur le maritime « Bienveillance », rythmé par le son d’une corne de brume.

Le tranchant autoritaire de Canine ne doit pas effrayer. Les 13 titres qui jalonnent « Dune » sont autant de pépites pop. On se retient de les citer tous ; retenons-en trois, « Twin Shadow », « Sweet Sway » et « Forgiveness », dont les mélodies épiques et sautillantes ont toutes les qualités pour affronter la fin de l’hiver et les giboulées. 

Osez ses eaux hypnotiques

Panda Bear. « Buoys » (Domino)

Noah Lennox, alias Panda Bear, dans les vagues imaginées par sa compagne. Photo Fernanda PEREIRA

Noah Lennox, alias Panda Bear, dans les vagues imaginées par sa compagne. Photo Fernanda PEREIRA

Noah Lennox a mis les voiles vers l’Europe dès 2004. En s’installant à Lisbonne (Portugal) avec sa femme, la designeuse Fernanda Pereira, et leurs enfants, l’Américain a laissé derrière lui New York et ses compagnons d’Animal Collective qu’ils ne retrouve qu’en tournée où par correspondance électronique pour composer de nouvelles chansons.

A 41 ans, sous le nom de Panda Bear, il publie son sixième album solo, le bien nommé « Buoys » (qui désignent ces « bouées » utilisées par les pêcheurs pour se repérer en mer) où l’impression de plonger dans le grand bain et de nager sous l’eau domine dès le premier titre, « Dolphin », rythmé par des samples de gouttes d’eau.

L’éternel adolescent, qui a étudié le piano et le violoncelle et fut ténor dans la chorale de son école, est un fou de machines qui passe son temps à les triturer en studio. Mais cette fois, la guitare acoustique occupe le premier plan sur tous les titres. Le musicien expérimental a cédé du terrain à la musique folk, rendant l’écoute plus facile. Il s’en est expliqué dans une interview récente : « Je pense que le fait de discuter de ma musique avec mes enfants (de 14 et 8 ans, ndlr) m’a pas mal influencé. Je ne voudrais pas qu’ils disent que leur père ne sait rien composer d’autre que des morceaux étranges. »

L’occasion est belle de saisir la perche et de sauter sans crainte, à la découverte d’un artiste incontournable, dont les mélopées hypnotiques sont un enchantement.

Des chansons à corps perdu

Ariana Grande. « Thank u, next » (Mercury)

Ariana Grande, à l’endroit sur la pochette de « Sweetener ». Photo Universal Music

Ariana Grande, à l’endroit sur la pochette de « Sweetener ». Photo Universal Music

Après l'attentat terroriste qui avait fait vingt-deux morts à Manchester (Angleterre) à la fin de l'un de ses concerts le 22 mai 2017, Ariana Grande, 25 ans, s'est lancée à corps perdu dans la création. Un peu plus d'un an plus tard, en août 2018, l’Américaine publiait le bouleversant « Sweetener », quinze titres parmi lesquels le programmatique « No Tears Left To Cry » (« Plus aucune larme pour pleurer »). Six mois plus tard, elle est de retour avec « Thank u, next » (« Merci, au suivant »).

Les épreuves ont décuplé les forces de la pop-star haute comme trois pommes (1m53), aux cheveux attachés en une queue de cheval démesurément longue. La photo de la pochette de « Sweetener » la montrait complètement retournée. Au propre, comme au figuré comprenait-on. Pour « Thank u, next », le portrait est encore renversé, mais l’artiste a pris la distance nécessaire qui lui permet de lancer sur Twitter le 23 janvier : « Toujours à l’envers… mais pour mieux en rire ». Quoique. La chanson « Fake Smile » (« Faux sourire ») trahissant malgré tout la détresse au milieu d’amis qui s’amusent : « I won’t say I’m feeling fine / After what I’ve been through, I can’t lie » (« Je ne dirai pas que je vais bien / Après ce que j’ai traversé, je ne peux mentir »). Mais la femme forte domine, à qui il a fallu seulement deux semaines pour enregistrer la douzaine des nouveaux titres qu’elle cosigne.

La voix d’Ariana Grande demeure son atout maître. Il y a encore de quoi se pâmer dès le premier titre, « Imagine », quand elle fait le grand écart sur les octaves et escalade les aigus (la fameuse voix de sifflet, comme Mariah Carey). On peut ne pas aimer ses acrobaties de la glotte, mais quand un si bel organe est mis au service de très bonnes chansons, il n’y a qu’à s’incliner.

Repartir de l’avant en fanfare

Stephan Eicher & Traktorkestar. « Hüh ! » (Polydor)

Stephan Eicher dans un bain de confettis, en hommage à Bashung au milieu de lentilles d’eau sur l'album « Fantaisie militaire ». Photo Laurent Seroussi

Stephan Eicher dans un bain de confettis, en hommage à Bashung au milieu de lentilles d’eau sur l'album « Fantaisie militaire ». Photo Laurent Seroussi

Il y avait une raison pour laquelle on n'entendait plus trop Stephan Eicher : il était en délicatesse avec sa maison de disque. Elle attendait de lui un nouvel album ; lui attendait d’elle un financement à la hauteur de ses précédents enregistrements et pas amputé des deux tiers. « J'ai voulu réagir avec poésie, raconte le Suisse qui sait aussi compter. Je m'étais engagé à écrire douze nouvelles chansons, mais rien n'était stipulé concernant leur durée. J'ai donc aussi réduit mon investissement en faisant un disque de 10 minutes au lieu de 30 ! ». Et d’ajouter : « Ça ne les a pas fait rire ». Le disque (« Homeless Songs ») n'est jamais sorti. Dommage pour les amateurs de curiosités musicales.

Remis sur pied après des pépins de santé, l’artiste a trouvé refuge chez Polydor et s’est fait de nouveaux amis musiciens : toute une fanfare folklorique des Balkans, Traktorkestar. Celui qui avait démarré sa carrière en 1986 avec le magnifique album « Les Chansons bleues », essentiellement composées et jouées en solitaire avec des synthétiseurs et des boîtes à rythmes, ne boude pas son plaisir, entouré de cuivres, de tambours et de choristes. La musique qu’écoutait son père, un violoniste d’origine tzigane.

Pour repartir de l’avant avec « Hüh ! », Stephan Eicher a choisi de revisiter ses œuvres les plus belles (« La Chanson bleue » (notre préférée), « Combien de temps », « Pas d’ami (comme toi) »…) auxquelles s’ajoutent quatre inédits dont « Étrange » signé Philippe Djian, l’écrivain qui ne sait écrire des textes à chanter que pour son ami Stephan, où se mêlent émotion et trivialité. Qui d’autre que lui pour écrire un vers pareil : « Même un ange n’y comprendrait foutre rien » ?

Princesse Leyla, tout simplement

Leyla McCalla. « The Capitalist Blues » (Pias)

Leyla McCalla a quitté New York il y a huit ans pour retrouver ses racines à La Nouvelle-Orléans. Photo Sarrah DANZIGER

Leyla McCalla a quitté New York il y a huit ans pour retrouver ses racines à La Nouvelle-Orléans. Photo Sarrah DANZIGER

Leyla McCalla est une virtuose du violoncelle. Elle a pourtant laissé son instrument à la porte des studios quand elle a enregistré son dernier album, « The Capitalist Blues », sorti le 25 janvier. Ceux qui connaissent ses deux premiers disques seront donc surpris par les nouvelles couleurs de la musique de la jeune femme, électriques et saturées. C’est frappant sur « Aleppo », qui raconte le martyre de la ville syrienne d’Alep, quand sa voix forte doit se frayer un chemin dans le fracas des guitares et des basses poussées à fond par les amplis.

Au milieu de riffs tournoyants et moins âpres et des chœurs du magnifique « Heavy As Lead », elle sait aussi cajoler avec le renfort d'un orgue Hammond, impérial. Les cuivres sont aussi de la fête, comme au carnaval quand les fanfares déambulent dans les rues de La Nouvelle-Orléans (« Me and My Baby »).

Leyla McCalla est née à New York de parents haïtiens. Adolescente, elle a vécu deux ans au Ghana, en Afrique. De retour aux États-Unis, elle intègre l’université où elle se distingue par ses talents au violoncelle. Mais à la musique de chambre, elle préfère celle de La Louisiane où elle choisit de s’installer il y a huit ans. La culture créole s’impose alors dans ses compositions et ses textes. Le banjo prend le pas sur le violoncelle.

En choisissant de s’installer dans le bayou, au carrefour des cultures, Leyla McCalla fait feu de toutes les langues : français et anglais se fondent dans le créole qui rend familières ses chansons. Maman de trois enfants, une fillette de 4 ans et des jumeaux de 8 mois (garçon et fille), mariée au guitariste canadien Daniel Tremblay, elle mène une vie simple et rustique, dont elle partage les moments forts sur Instagram (@leylacello). On découvre ainsi qu’elle était à Paris ces derniers jours avec cette phooto d’elle allaitant ses deux petits, entre deux interviews de promotion. Simple.

Hubert Lenoir, vent frais du Québec

Hubert Lenoir. « Darlène » (Simone records)

Hubert Lenoir, 23 ans, a sorti son premier album au Québec il y a un an. Il débarque en France. Photo Noémie Doyon

Un phénomène et son premier disque en solo traversent l’Atlantique ce vendredi 1er février. Au Québec, Hubert Lenoir a raflé les victoires de la musique qu'on appelle là-bas Félix. La France succombera-t-elle au talent de ce garçon de 23 ans à la gueule d’ange qui ne recule devant aucune outrance, à commencer par l’abus de maquillage ?

Ces derniers jours, on a beaucoup écouté (et aimé) « Darlène », un album-concept comme on n’en fait plus et qui ose tous les genres, avec bonheur. On en a poussé prudemment la porte, tant on avait lu que le jeune homme décoiffe, sur disque comme sur scène. Mais c’est un morceau de jazz tranquille qui ouvre l’opus, « Fille de Personne I », suivi de « Fille de Personne II » et « Fille de Personne III » qui rebattent chacun les cartes des genres, passant avec allégresse de la pop à saxophone au glam rock à guitares saturées. Ce disque est foisonnant sans jamais perdre de sa cohérence. Hubert Lenoir déroute à plus d'un titre, multipliant les virages R&B, jusqu'à ne pas la ramener sur certains pour laisser s’exprimer les instruments.

Pour la petite histoire, « Darlène » est née de la collaboration intime de deux amoureux qui ont tout partagé dans leur petit appartement de Québec. Elle, Noémie D. Leclerc, écrivait le roman de « Darlène » alors que lui s’en inspirait pour écrire ses chansons. Au final, ce sont deux œuvres qui ont été publiées outre-Atlantique. 

« Je veux briser les codes de la pop comme le faisaient mes idoles David Bowie et Paul McCartney », a lancé l'ambitieux qui a fait ses classes dès l’âge de 17 ans dans le groupe The Seasons qu'il forme, entre autres, avec son frère Julien. Des débuts déjà pleins de promesses.

Treize chansons de haut vol

Bertrand Belin. « Persona » (Wagram)

Photo Bastien BURGER

Photo Bastien BURGER

Comment ne pas craquer pour le nouveau Belin et des titres splendides comme « Glissé Redressé » et « Bronze » ? Après l'énigmatique toucan de la pochette de « Cap Waller » (2016), l’artiste retrouve le goût de la pose sur « Persona », son dernier album publié aujourd'hui : en plan américain, bras et mains ballants sur d’invisibles colts, ceinturon apparent. Une jaquette toute simple pour envelopper des chansons toujours étranges dans lesquelles se côtoient moult personnages, des plus cabossés par la vie jusqu’au « Président, s’il vous plait ». La voix est grave, le chant est saccadé, mais la mélodie s’immisce partout, portée par des cordes qui font des rais de lumière dans des chansons tristes.

« Sur le cul » nous laisse pantois (évitons les répétitions). Les boucles sonores y sont hypnotisantes, interrompues ici et là par une cascade de sons synthétiques, comme une bille qui tombe et rebondit. L’effet saisit chaque fois qu’il surgit.

Si le toucan n’est plus, les oiseaux survolent toujours dans les textes de Bertrand Belin qui s’évertue pourtant à les éloigner. A force de « Ouste choucas » dans « Nuits Bleues ». Mais on en trouve encore qui volent très haut, croassent ou hululent dans « Bec », « Grand Duc » et « L’Opéra ». Autant de pièces majeures que les nostalgiques de Bashung apprécieront tant le Breton fait figure de digne successeur à l’illustre Alsacien.

Le retour du guitar hero

Mark Knopfler. « Down The Road Wherever » (Mercury)

Mark Knopfler et sa Fender Stratocaster en 2008. Photo AFP

Mark Knopfler et sa Fender Stratocaster en 2008. Photo AFP

La touche Knopfler est intacte. Son style reconnaissable dans chaque chanson de son neuvième album solo, « Down The Road Wherever », en plus feutré, assagi. Le « guitar hero » de Dire Straits, qui laissait ses doigts galoper sur le manche et les cordes dans des morceaux de bravoure comme « Sultans Of Swing », n’arbore plus ses bandeaux de tennis en éponge au front et aux poignets. Les cheveux sont tombés, la silhouette s’est épaissie, mais les mains sont toujours agiles et promptes à chatouiller l’échine. L’Écossais passé maître ès blues est à son meilleur. Les trois dernières minutes de « Just a Boy Away from Home » sont un bijou, alors que le morceau démarre façon blues avant de prendre un virage soul pour s’achever en solo sur l’hymne des supporters de l’équipe de football de Liverpool, « You’ll Never Walk Alone ». Grandiose.

Fin mélodiste et parolier inspiré, Mark Knopfler est aussi très savant en studios dont on sait qu’il adore, tel un enfant, le matériel et les guitares qui s’y entassent. Bob Dylan l’avait repéré dès 1979 et finira par lui confier la réalisation de son album « Infidels » en 1983.

Aux consoles, le virtuose assure toujours dans l’art d’ajouter à ses guitares planantes ce qu’il faut de jazz (« When You Leave »), de mélodies dansantes (« Nobody Does That », « Back On The Dancefloor », accompagné dans les chœurs par l’Irlandaise Imelda May) et de réminiscences celtiques (« Drovers’Road »), bien normales pour un natif de Glasgow.

David Bowie est toujours vivant

David Bowie. « Loving The Alien » (Parlophone)

Entre 1983 et 1987, la critique rock et les fans de la première heure de David Bowie (décédé, à un jour près, il y a déjà trois ans) n’avaient que très peu goûté ses albums « Let’s Dance », « Tonigt » et « Never Let Me Down ». Ces derniers sont aujourd’hui remasterisés, rassemblés et même revisité pour l’un dans le coffret « Loving The Alien » (disponible en streaming).

De leur côté, grand public et ados des années 1980, dont nous étions, avaient succombé aux assauts des saxos de « Let’s Dance » et à la sensualité de « China Girl », qu’accompagnait un clip aux images torrides, censuré alors dans de nombreux pays.

En 1983, David Bowie rompt les amarres avec la maison de disque RCA pour se lancer avec EMI dans la pop commerciale la plus rutilante. L’élitisme dépouillé de la période berlinoise avec Brian Eno cède la place à une collaboration spectaculaire avec Nile Rodgers (du groupe Chic). « Dansons ! », assène l’artiste qui n’en finit plus de se métamorphoser.

A la joie de réécouter des morceaux maintes fois joués et rembobinés sur les cassettes de l’époque (parmi lesquels la reprise du titre des Beach Boys « God Only Knows », « Blue Jean » et « Loving The Alien », dont Bowie dira qu’elle figure parmi ses chansons préférées), s’ajoute une curiosité : le ré-engeristrement avec d’autres musiciens, vingt ans après et en l’absence de son créateur, de l’album « Never Let Me Down » (1987). Sacrilège diront les fans intégristes, une belle re-création autour de la voix de Bowie diront d’autres, parmi lesquels nous nous comptons, à bientôt 48 ans.