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Stephan Eicher rattrape le temps perdu

Après de longues années de silence imposé, Stephan Eicher est très actif. Six mois seulement après la sortie du bien nommé « Hüh ! », le revoilà avec « Homeless Songs ».

Au beau milieu de vieilleries, Stephan Eicher se joue bien des années qui passent. Photo Benoît PEVERELLI

Au beau milieu de vieilleries, Stephan Eicher se joue bien des années qui passent. Photo Benoît PEVERELLI

« Homeless Songs » Stephan Eicher (Polydor)

Sept ans à ronger son frein. La procédure de divorce a été longue entre Stephan Eicher et son ancienne maison de disque et contraint l’Helvète à rester coi. Comme un enfant qui n’a rien demandé, l’amateur de ses belles chansons n’a plus rien eu de nouveau à écouter jusqu’en février et la sortie surprise de « Hüh ! » (chez Polydor), un album de reprises (« Combien de temps », entre autres) et de titres inédits que nous avons salué ici-même.

Six mois plus tard, l’artiste cherche à rattrapper tout le temps perdu avec l’émouvant « Homeless Songs », des chansons sans abri qui trouvent enfin refuge entre nos oreilles. Affranchi des lois du marketing, Stephan Eicher et les musiciens qui l’entourent s’autorisent de belles audaces entre chansons courtes, bizarreries mélodiques chantées-parlées en dialecte bernois et morceaux trop exigeants pour rentrer dans les playlists de la bande FM.

Dans un long texte de présentation, l’auteur compositeur interprète s’interroge : « Comment sonne une chanson sans les contraintes de durée ou de formatage pour les radios ? Sans que se posent les questions du genre : le refrain est-il suffisamment répété pour que ça accroche ? ». « Homeless Songs » est une tentative de réponse.

Stephan Eicher qui a d’abord été un défricheur de nouvelles sonorités électroniques s’essaie pour la première fois à l’auto-tune (« Niene Dehei »), montrant, à la manière de l’Américain Justin Vernon (Bon Iver) que la technique, aussi décriée soit-elle par les orthodoxes de la pop-folk, sied fort bien à la chanson traditionnelle et pas qu’au rap.

Il va sans dire que le romancier Philippe Djian accompagne son ami de toujours. Les titres qu’il signe sont parmi les plus beaux de ce nouvel opus, à commencer par « Si tu veux (Que je chante) » qui l’ouvre.

Repartir de l’avant en fanfare

Stephan Eicher & Traktorkestar. « Hüh ! » (Polydor)

Stephan Eicher dans un bain de confettis, en hommage à Bashung au milieu de lentilles d’eau sur l'album « Fantaisie militaire ». Photo Laurent Seroussi

Stephan Eicher dans un bain de confettis, en hommage à Bashung au milieu de lentilles d’eau sur l'album « Fantaisie militaire ». Photo Laurent Seroussi

Il y avait une raison pour laquelle on n'entendait plus trop Stephan Eicher : il était en délicatesse avec sa maison de disque. Elle attendait de lui un nouvel album ; lui attendait d’elle un financement à la hauteur de ses précédents enregistrements et pas amputé des deux tiers. « J'ai voulu réagir avec poésie, raconte le Suisse qui sait aussi compter. Je m'étais engagé à écrire douze nouvelles chansons, mais rien n'était stipulé concernant leur durée. J'ai donc aussi réduit mon investissement en faisant un disque de 10 minutes au lieu de 30 ! ». Et d’ajouter : « Ça ne les a pas fait rire ». Le disque (« Homeless Songs ») n'est jamais sorti. Dommage pour les amateurs de curiosités musicales.

Remis sur pied après des pépins de santé, l’artiste a trouvé refuge chez Polydor et s’est fait de nouveaux amis musiciens : toute une fanfare folklorique des Balkans, Traktorkestar. Celui qui avait démarré sa carrière en 1986 avec le magnifique album « Les Chansons bleues », essentiellement composées et jouées en solitaire avec des synthétiseurs et des boîtes à rythmes, ne boude pas son plaisir, entouré de cuivres, de tambours et de choristes. La musique qu’écoutait son père, un violoniste d’origine tzigane.

Pour repartir de l’avant avec « Hüh ! », Stephan Eicher a choisi de revisiter ses œuvres les plus belles (« La Chanson bleue » (notre préférée), « Combien de temps », « Pas d’ami (comme toi) »…) auxquelles s’ajoutent quatre inédits dont « Étrange » signé Philippe Djian, l’écrivain qui ne sait écrire des textes à chanter que pour son ami Stephan, où se mêlent émotion et trivialité. Qui d’autre que lui pour écrire un vers pareil : « Même un ange n’y comprendrait foutre rien » ?