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Une vie de chansons bien remplie

Sting. « My Songs » (Polydor)

Sting dans le bain de jouvence des chansons qui ont fait sa gloire. Photo Polydor.

A 67 ans, l’Anglais Sting qui porte pourtant toujours beau, le muscle saillant sous le t-shirt serré, se plonge dans un bain de jouvence en rejouant « [S]es Chansons » qui ont fait sa gloire, d'abord avec The Police, puis en solo. Quelques mois après un album de reggae très réussi avec Shaggy, faut-il voir dans cette compilation nostalgique une opération de gonflage à bloc de porte-monnaie ? On n’est pas loin d’y songer, mais évacuons cette vilaine pensée. Car force est d’admettre que ces reprises fidèles aux versions originales lient l’artiste et son public dans un plaisir partagé.

Pour l’occasion, Sting se fend d’un texte dans lequel il égraine ses fameuses chansons et le contexte dans lequel il a écrit chacune. Extraits à propos de trois de nos préférées :

« So Lonely » (« Si seul ») (1978) : « C’est curieux d’aborder la solitude de façon aussi exubérante, mais peut-être est-ce thérapeutique ? »

« Message In A Bottle » (1979) : « Tout a commencé par un riff composé sur ma Fender Strat noire alors que je me trouvais à l’arrière d’un minibus bruyant entre Düsseldorf et Nuremberg (Allemagne). J'ai tout de suite compris que je tenais quelque chose ».

« Roxanne » (1977) : « Cela paraît très à propos que cette version soit un enregistrement d’un concert donné à l’Olympia de Paris. La chanson y est née en 1977. Nous logions dans un trou à rats sordide derrière la Gare du Nord, où j’ai infusé l’objet de l’amour romantique de Cyrano dans le travail des filles de la rue plus bas. La cadence du Sol M suivi de Ré M devant Fa à la basse m’a inspiré cette histoire qui a changé ma vie pour toujours ». Et mis à l’abri des fins de mois difficiles.

Ils ont trouvé les numéros gagnants

Sting & Shaggy « 44/876 » (Interscope)

Shaggy et Sting ont combiné leurs différences avec un plaisir évident. Photo AFP

Shaggy et Sting ont combiné leurs différences avec un plaisir évident. Photo AFP

Sting se pique de tous les genres musicaux. Il a joué des disques de jazz de haute tenue, d’autres symphoniques plus hasardeux. La pop sirupeuse ne le dégoûte pas non plus. Il s’acoquine cette fois avec la star du reggae, le Jamaïcain Shaggy.

Leur duo ne devait durer que le temps d’une chanson, l’emballante « Don’t Make Me Wait ». Il en a finalement commis une douzaine, mise en boîte à New York et rassemblée dans l’album « 44/876 » (les indicatifs téléphoniques de leurs pays respectifs). Ça transpire de bonne humeur. Sting et Shaggy sont comme l’ami Ricoré, qui tombe pile au bon moment, avec son pain et ses croissants (« Morning is Coming »).

L’Anglais est fait de la même eau que nous autres, pour qui rien ne vaut le soleil. Trente ans après « Nothing Like The Sun », « 44/876 » ressemble donc à un retour aux sources pour celui qui estime qu’il doit beaucoup au son de la Jamaïque : « Le reggae a révolutionné le rock en mettant en avant le jeu de basse. Les structures des chansons reposent sur cet instrument. C’est ce qui m’a attiré en tant que bassiste ».

Les voix des deux artistes, radicalement différentes, s’accordent merveilleusement au gré des morceaux, la souplesse de Sting modulant le phrasé syncopé de Shaggy. L’un et l’autre se donnent la réplique avec un plaisir communicatif. Avec gravité de temps à autres, comme sur « Crooked Tree » où Sting se met dans la peau d’un criminel et Shaggy dans celle de son juge.

Portés par leur enthousiasme, les deux compères vont jusqu’à chanter une déclaration d’amour à l’Amérique (« Dreaming in the USA »). Pour dire à quel point les États-Unis leur sont chers, malgré Donald Trump. Un disque optimiste, ça ne se refuse pas, non ?